C’est un pur hasard mais il annonce peut-être le début d’une nouvelle ère dans la transparence fiscale. Alors que le gouvernement français s’enfonce dans la crise de confiance provoquée par «l’affaire Cahuzac», un consortium de journaux se lance dans la publication de données sur des sociétés domiciliées dans ce que l’on a coutume de désigner comme des «paradis fiscaux» et épin­gle, dans un premier jet du Monde , un proche conseiller de François Hollande…

En réalité, «l’affaire Cahuzac» devient un marqueur historique. La justice genevoise a fait la démonstration que la Suisse tient ses engagements lorsqu’elle reçoit des demandes en bonne et due forme, qui respectent la lettre et l’esprit des conventions. Est-ce le cas de Bercy? Et, surtout, le fait que Jérôme Cahuzac ait tenté de dissimuler son patrimoine à Singapour démontre que la place financière suisse a changé de philosophie à l’égard des évadés fiscaux, assimilés aujourd’hui à des fraudeurs au sens de la doctrine estampillée OCDE. Si la Suisse fait la démonstration de sa bonne foi, elle demeure néanmoins très exposée, comme bien d’autres places financières qui ont, par le passé, transformé l’optimisation fiscale en une forme légale de dissimulation. Si les centres offshore ont une utilité juridique et économique, la totale opacité sur les ayants droit réels et la nature des transactions n’est plus admissible quand elle a pour but d’éluder l’impôt ou de tromper l’autorité pénale. L’OCDE le dit aujourd’hui clairement et semble vouloir mettre fin à des pratiques douteuses. Mais l’organisation, véritable laboratoire des politiques publiques, se heurte à l’égoïsme des Etats qui tous, à des degrés divers, plaident pour des règles communes mais y dérogent par mille artifices légaux ou comptables. La Suisse a mis du temps à admettre que le secret bancaire ne «doit pas être utilisé pour cacher des fonds d’origine criminelle ou non déclarés», pour reprendre les mots employés mercredi par Eveline Widmer-Schlumpf dans les colonnes des Echos. Des propos qui tombent, eux aussi, à pic. Reste qu’il faudra assumer le passé et supporter sans doute des révélations qu’on pensait à jamais cachées, mais rendues accessibles par des données informatiques volées. C’est aussi cela, la nouvelle ère: avec la numérisation, rien n’est jamais totalement perdu… ou oublié.