Va-t-on vers une nouvelle épreuve de force entre la Suisse et l'Union européenne en matière de négociations bilatérales? A en juger par la teneur des discussions des ambassadeurs des Quinze, hier à Bruxelles, ce n'est pas impossible. «Ça chauffe de nouveau», estime un diplomate de l'Union. Un seul pays, l'Italie, aurait exprimé ouvertement sa compréhension vis-à-vis de la position suisse. «Les autres se sont montrés assez durs», confie un autre représentant européen. Les ministres des Finances se saisiront du dossier, mardi prochain, mais les diplomates bruxellois n'excluent pas que la question remonte jusqu'aux ministres des Affaires étrangères qui se retrouveront à Bruxelles le 23 février.

Regain de fermeté

Au cœur du problème, la volonté exprimée par la Suisse de traiter globalement l'ensemble des dossiers des bilatérales II, afin d'aboutir à un résultat équilibré dans toutes les matières. En clair, pas question pour Berne de ratifier l'accord trouvé avec l'Union sur la fiscalité de l'épargne sans avoir abouti sur la participation suisse aux accords de Schengen et Dublin et sur la coopération en matière de fraude. Pascal Couchepin et Micheline Calmy-Rey se sont succédé en ce début d'année à Bruxelles pour réaffirmer cette priorité du Conseil fédéral. Or, confirme un troisième diplomate européen: «On s'oriente vers une quasi-unanimité pour ne pas faire ce lien, et notamment pour ne pas céder sur Schengen.»

Ce regain de fermeté des pays membres s'explique par le calendrier serré – 1er janvier 2005 – que s'est fixé l'Union pour faire entrer en vigueur sa directive sur la fiscalité de l'épargne dont l'aboutissement dépend encore de pourparlers menés avec des pays tiers. Avec la Suisse, les négociations sont achevées, mais quatre pays: Saint-Marin, Andorre, Monaco et le Liechtenstein discutent encore avec l'Union. Le jeu de ces pays rend la position suisse inconfortable vis-à-vis de l'Union. Ils pourraient, d'une part, être tentés de ne pas bouger tant que la Suisse refuse son feu vert, et si, au contraire, les négociations aboutissaient, Berne pourrait apparaître comme l'obstacle principal à l'adoption de la directive européenne. Mardi, les ministres des Finances européens feront le point sur l'état des négociations menées par la Commission européenne. Les diplomates se réuniront de nouveau la semaine prochaine pour examiner les relations avec la Suisse: «Les représentants permanents veulent une position de fermeté», conclut l'un d'entre eux.