Patrice Longchamp, le président du Grand Conseil fribourgeois, se soucie apparemment peu du devoir de réserve propre à sa fonction. Témoin, la lettre que le démocrate-chrétien vient de cosigner ès qualités. Adressée aux parlementaires communaux du canton de Fribourg, elle les incite à voter non à la modification de la loi cantonale sur le droit de cité lors du scrutin du 1er juin.

En parallèle à la votation fédérale sur les naturalisations, les Fribourgeois se prononcent en effet sur un objet similaire au plan cantonal. L'an dernier, le Grand Conseil a accepté une révision de son droit de cité, dont la principale innovation est de transférer la compétence de naturaliser de l'assemblée (ou du parlement) à l'exécutif communal. Inacceptable pour l'UDC, qui a lancé avec succès un référendum, convainquant au passage une part non négligeable du camp bourgeois.

Trois signatures

La missive - dont Le Temps a pu obtenir copie - est paraphée par trois personnes: les UDC Michel Zadory et Pierre-André Page (vice-président du Grand Conseil), ainsi que par Patrice Longchamp. Elle indique aux élus communaux que «certains de vos représentants au Grand Conseil estiment et sont toujours persuadés que le droit de naturaliser sur le plan communal doit venir des voix du législatif et c'est bien pour cette raison essentielle que le référendum a été lancé».

Le paraphe présidentiel sous ce texte crée un certain malaise. Le Grand Conseil, comme le Conseil d'Etat, recommande au souverain de voter oui sur cet objet le 1er juin. Comment son président peut-il publiquement prôner le contraire? Plus troublant encore, le démocrate-chrétien avait accepté le projet de loi lors du vote final au parlement cantonal. Il retourne donc sa veste.

«J'ai depuis discuté avec des représentants communaux, je suis désormais convaincu que la loi fait fausse route», explique Patrice Longchamp. Qui estime que sa prise de position n'est pas incompatible avec sa fonction: «Le président du Grand Conseil est un député comme les autres. Il ne doit pas mettre de côté ses opinions.»

En février, Patrice Longchamp avait déjà défrayé la chronique locale: son discours inaugural lors de la première session parlementaire n'était qu'un vaste plagiat des allocutions de ses prédécesseurs. L'épisode de la signature pourrait bien susciter une nouvelle polémique.