«Enfants en danger, éducateurs épuisés», «Pas d’accueil au rabais pour les enfants», «Professionnels en rage. Non au gardiennage»: c’est avec ces pancartes que parents, éducateurs et syndicats étaient postés ce lundi devant les locaux de l’Etablissement intercommunal pour l’accueil parascolaire (EIAP) de Pully (VD).

Rencontre le 11 décembre

Après la manifestation du 13 novembre qui avait rassemblé près de 8000 personnes à Lausanne pour protester contre un assouplissement des règles pour l’accueil parascolaire, les professionnels ont décidé de poursuivre leur mobilisation, faute d’un signe clair de l’organe intercommunal pour revenir sur ces normes. Dès le 1er janvier, il sera possible d’augmenter le nombre d’enfants par éducatrice et d’engager davantage d’auxiliaires moins formés. Pour l’EIAP, il s’agit de permettre à toutes les communes de proposer un accueil parascolaire, tandis que les éducateurs craignent des prestations au rabais.

«L’EIAP n’a pas encore prononcé le mot «négociations», mais propose une rencontre le 11 décembre. Nous y serons, mais nous demandons le gel du cadre de référence pour entamer de vraies négociations», a scandé Maria Pedrosa, secrétaire syndicale du SSP Vaud, sous la pluie et devant une soixantaine de personnes. Si l’EIAP refuse de négocier, le mouvement de protestation sera poursuivi avec un préavis de grève le 7 janvier. Le président de l’établissement, Christian Kunze, est d’ailleurs venu discuter avec les protestataires, «un premier pas», glisse la syndicaliste.

Trente ans de métier

A Pully, parmi les protestataires, Frédérique Maitre, éducatrice de l'enfance depuis vingt-neuf ans, mais «toujours aussi passionnée» par son métier. Elle s’occupe d’enfants de 4 à 6 ans au Centre de vie enfantine de Bellevaux, à Lausanne. Elle explique les craintes du corps professionnel liées aux nouvelles normes. «Actuellement, nous avons les moyens d’offrir un accueil de qualité aux familles.» Or certains enfants ont des besoins particuliers, voire présentent des troubles psychosociaux.

«Je ne dis pas que les auxiliaires non formés ne peuvent pas s’occuper d’enfants, mais il faut avoir des connaissances de leur développement psychomoteur et pouvoir travailler en réseau. Après près de trente ans de métier, je continue de me former. Les enfants qu’on nous confie méritent un encadrement professionnel.» L’éducatrice ne veut pas que son métier se résume à du «gardiennage». «L’éducation est un terme noble, cela demande de nombreuses compétences. Nous accompagnons les familles, dont les enfants sont parfois cinq jours par semaine chez nous, nous créons un lien de confiance.»

Réalité du métier méconnue

Est-ce avant tout une bataille pour une meilleure reconnaissance des éducateurs de l'enfance? Frédérique Maitre nuance: «D'un côté, c’est pénible de devoir justifier ce qu’est mon métier, sa complexité et notre cahier des charges. De l'autre, l’EIAP n’a pas l’air de se rendre compte de notre réalité professionnelle.»

Contrairement à ce que l’EIAP avance, elle estime que les repas de midi et l’accompagnement sur le chemin de l’école sont des «moments cruciaux» qui ne devraient pas être assumés par du personnel non formé. Gérer un groupe d’enfants face à la circulation routière n’est pas à la portée de tous. Les repas à la cantine demandent, eux, une attention nutritionnelle notamment.

Locaux saturés

Et augmenter le nombre d’enfants de 12 à 15 par professionnel, est-ce si problématique? «De l’extérieur, cela peut paraître anodin. Mais je vous assure que notre travail peut déjà actuellement être pénible. Si nous voulons pouvoir continuer à offrir un encadrement spécifique pour chaque enfant, tout en gérant la dynamique en collectivité, trois de plus, ce n’est pas rien.» De plus, même si le nombre d’enfants augmente, la structure d’accueil doit pouvoir continuer à offrir 2 mètres carrés par enfant. Une condition difficile à remplir lorsque les locaux à disposition atteignent déjà leurs limites avec les normes actuelles.

La journée d’action «La courge est pleine!» a mobilisé plus de 200 personnes lundi et quelque 20 structures ont fait la grève. En attendant la rencontre du 11 décembre, «nous allons maintenir la pression», a déclaré la syndicaliste Maria Pedrosa. Diverses actions sont prévues tout au long du mois de décembre.