Parascolaire

Parascolaire, encore un effort! 

D'ici la fin de l'année, la loi vaudoise sur l'accueil de jour devrait être entérinée, obligeant les communes à proposer un accueil de jour aux enfants jusqu'à 15 ans. Une réponse tardive dans un canton où trois femmes sur quatre travaillent, mais où les structures parascolaires ne couvrent que 12,7% des besoins 

La rentrée scolaire fait rejaillir le problème de la prise en charge des écoliers en dehors des heures de classe. Il y a longtemps eu, dans le canton de Vaud, quelques bonnes excuses à une politique de l’accueil parascolaire. A la difficulté des relations entre canton et communes, s’ajoutait la concurrence du privé qui a sans doute servi d’oreiller de paresse. Enfin le Grand Conseil discutera dans les mois à venir de la modification de la loi sur l’accueil de jour des enfants (LAJE) et devrait l’entériner avant la fin de l’année. Cela fait suite à une votation de septembre 2009, où 70% des Vaudois plébiscitaient l’idée d’un accueil parascolaire généralisé. C’est donc un tournant radical pour les communes qui, d’ici à 2020, seront obligées d’offrir une journée d’école en continu pour les élèves jusqu’à 15 ans.

«Les syndics des petits villages peuvent voir dans cette obligation quelque chose de lourd, mais nous sommes dans un monde qui a changé. L’accueil parascolaire est tout aussi important que les routes pour développer une commune. La journée continue de l’écolier est une réalité qui fait aujourd’hui complètement partie de la famille», explique Gérald Cretegny, président de la Fondation pour l’accueil de jour des enfants.

Meilleure égalité de traitement

L’image de la mère de famille qui accueille ses enfants à midi mourra-t-elle avec la nouvelle génération des parents d’élèves? Aujourd’hui, trois femmes sur quatre travaillent, et seuls 12,7% des enfants de 4 à 12 ans ont accès à une structure parascolaire. L’Etat vise un taux de couverture de 27% en 2022 et force pour cela les communes, jusqu’alors libres de s’organiser, à proposer des structures pour un accueil de jour. Dans le canton, une grande disparité existe entre des communes urbaines comme Lausanne, qui accueille en Apems (accueil pour enfants en milieu scolaire) 50% des enfants de 6 à 10 ans, et des localités où les familles sont tenues de s’organiser. L’adaptation de la loi vise à proposer une meilleure égalité de traitement.

Lire aussi: Le canton de Vaud devra davantage contribuer à l’accueil de jour

«La mentalité accompagnant la journée continue à l’école est passablement nouvelle, mais le changement va très vite. L’offre génère de la demande et les parents n’ont plus aucune réticence à placer leurs enfants dans ces structures. C’est un véritable changement générationnel», relève Marie-Pierre Van Mullem, présidente de l’Association vaudoise des parents d’élèves. L’offre génère la demande et les jeunes familles n’ont plus aucune réticence culturelle à l’utilisation de services compétents pour l’accueil de leurs enfants pendant la journée.

Ne pas alourdir inutilement

Le Grand Conseil discutera dans les mois à venir de la modification de la loi sur l’accueil de jour des enfants (LAJE). Celle-ci prévoit dès 2020 un socle minimal de prestations pour la journée d’école en continue. La difficulté est justement d’adapter l’offre à l’âge des enfants, afin de ne pas alourdir l’obligation des communes inutilement. Pour la première à la sixième primaire, pour les enfants de 4 à 10 ans, les communes devront mettre en place un accueil le matin avant les cours, durant la pause de midi et l’après-midi après les cours. Les enfants de septième et huitième primaire (11-12 ans) devront pouvoir être accueillis pour la pause de midi et après l’école, en fin d’après-midi. Les ados de la neuvième à la onzième secondaire (13-15 ans) n’auront besoin que d’un accueil à midi.

Pour moi, un projet est réussi lorsque son objectif est atteint, sans dépasser le montant

Le financement des accueils de jour se fera conjointement par le canton, les communes, les employeurs, les parents et d’autres partenaires, comme la Loterie Romande. Aujourd’hui, la contribution de l’Etat à l’accueil de jour est insuffisante, selon les communes. Mais Vaud revoit sa contribution et s’engage à verser l’équivalent de 17% de la masse salariale du personnel éducatif à partir de 2018. Un pourcentage qui augmentera progressivement avec les années, atteignant 25% en 2023. Gérald Cretegny salue le projet de loi qui «place l’enfant au centre des préoccupations». «Pour moi, un projet est réussi lorsque son objectif est atteint, sans dépasser le montant: si l’on arrive à assurer les financements prévus par le projet de loi, c’est bien. Le financement du canton, proportionnel à la masse salariale est particulièrement intéressant», trouve-t-il.

Une nouvelle loi d’ici la fin de l’année

La présidente de l’Union des communes vaudoises, Claudine Wyssa, se félicite également du travail fourni. «Beaucoup de points vont dans le sens des communes. L’inquiétude vient des régions où l’accueil de jour est pour l’instant peu développé, mais la participation financière en complément de celle des communes offre un bon équilibre.» La Commission du Grand Conseil chargée de la politique familiale a déjà siégé six fois en traitement du dossier, le rapport devrait tomber avant les relâches scolaires et la loi, d’ici à la fin de l’année.

Bien que le chemin ait été préalablement tracé par le travail de Doris Cohen-Dumani et d’Anne-Catherine Lyon, c’est la conseillère d’Etat socialiste Nuria Gorrite, chargée de la petite enfance depuis 2012, qui laissera son nom sur le projet de refonte de la LAJE. Un symbole fort pour celle qui, bien avant d’être ministre, mettait déjà les infrastructures de la petite enfance au cœur de ses priorités politiques.


Valais. Anniviers à l’avant-garde

L’école de Vissoie a adopté les horaires continus en 1994. Dans la vingtaine de villages et hameaux de la petite vallée, le système anglo-saxon a contribué au développement de l’offre sportive et culturelle, et renforcé la cohésion sociale

Un peu avant midi, plus de 230 enfants se pressent dans la cantine du centre scolaire de Vissoie. Seuls quelques rares écoliers sont rentrés chez eux. Les cours reprennent à peine une heure plus tard et ils se terminent prématurément, au plus tard à 14h25. Plusieurs activités extra-scolaires débutent dès la fin de cet horaire continu calqué sur le modèle anglo-saxon. Football et hockey sur glace, danse, montagne ou fanfare: 22 offres sportives ou culturelles occupent les élèves de l’école primaire et du cycle d’orientation durant ces longues fins d’après-midi. La plupart de ces activités sont animées par des bénévoles, membres des sociétés locales. Pour le directeur de l’école, Frédéric Zuber, «les horaires continus ne sont possibles que dans les communautés où le tissu social est solide».

Dans le val d’Anniviers, l’éclatement topographique a forcé cette révolution avant-gardiste que personne ne semble regretter aujourd’hui. La petite vingtaine de villages et hameaux de la commune sont si éloignés les uns des autres qu’il faut un trajet de trente minutes sur une route sinueuse pour relier la station de Zinal au centre scolaire de Vissoie. Pendant des décennies, les Anniviards ont néanmoins effectué ce trajet insensé quatre fois par jour. Les horaires continus ont été étudiés à partir de 1982. Ils ont été introduits à l’essai à partir de 1991, dans un climat conflictuel. Il a fallu convaincre les parents réticents et les autorités politiques de six communes pour qu’ils soient définitivement adoptés en 1994. Selon le directeur actuel, «les gens ont compris que c’était la meilleure solution pour leurs enfants».

En 2008, les six communes du val d’Anniviers ont fusionné. Elles n’ont pas pu éviter la construction d’une structure pour accueillir les élèves en attendant que les entraîneurs et les professeurs de musique se libèrent. Pour Nadine Zufferey, la conseillère communale qui préside la commission scolaire, «les horaires continus ont renforcé la cohésion sociale» d’une petite vallée, dont les 2500 habitants ont longtemps été divisés par les guerres de clocher. L’édile avoue que le modèle demande «un gros travail d’organisation et de coordination», mais elle est convaincue qu’il favorise la prospérité des sociétés locales. En développant des synergies avec le centre scolaire, elles gagnent des nouveaux membres chaque année: «Je ne comprends pas pourquoi personne d’autre n’adopte les horaires continus.»

Après plus de 20 ans, le val d’Anniviers et son modèle américain font toujours figure d’exception. Pour le chef du Service valaisan de la jeunesse, Christian Nanchen, cette solution «innovante» est néanmoins «rigide». Selon le haut fonctionnaire, «les structures d’accueil sont plus souples», et «elles peuvent aussi favoriser les activités extra-scolaires». En Valais, une large majorité des 9000 places d’accueil disponibles dans les structures ou chez les parents de jour ont été créées suite à l’entrée en vigueur de la loi en faveur de la jeunesse, en 2001. Contraignante, elle oblige les communes à garantir une place à tous les enfants âgés de moins de 12 ans. Pour le canton, qui assume environ 20% des frais totaux, la facture est passée de 1,2 million de francs en 2001, à près de 16 millions aujourd’hui.

(Xavier Lambiel)


Genève. Un projet pilote au cycle qui ne séduit pas

Seuls 10% des élèves fréquentent le parascolaire mis en place l’an dernier dans deux établissements. Alors qu’au primaire, ce service est plébiscité par 70% des enfants

L’accueil à journée continue au cycle d’orientation genevois répond-il à un besoin véritable? Si l’on en croit les premiers résultats d’un projet pilote mis en place l’an dernier, la réponse est non. Car moins de 10% des élèves ont profité de cette opportunité, mise en place dans deux établissements, les Coudriers et Vuillonnex. Un résultat étonnant, car ce projet fait suite à une votation populaire acceptée à 81% en 2010.

L’idée était d’offrir un accueil à midi et le soir, avec un prix du repas de 8,20 francs et un encadrement assuré par la Fondation genevoise pour l’animation socioculturelle (FASe) à midi. Mais manifestement, les familles privilégient d’autres manières de s’organiser, puisque la formule n’a convaincu qu’une petite minorité. Et l’accueil en fin d’après-midi a fait un flop.

«Nous formulons l’hypothèse que les adolescents préfèrent sortir du cadre scolaire, note Eléonore Zottos, secrétaire générale adjointe au Département de l’instruction publique (DIP). Mais il est encore trop tôt pour porter un jugement définitif.» Car le projet pilote sera reconduit à midi cette année encore. Après quoi, il sera évalué par le Conseil d’Etat. Pour l’instant, sur les 19 établissements du secondaire I que compte Genève, plus des deux tiers possèdent des locaux où les élèves peuvent se restaurer, sans encadrement formalisé.

Il en va tout autrement pour les plus petits. Car la loi prévoit l’obligation d’assurer un service parascolaire à l’école primaire. Genève est même le seul canton suisse qui propose un accueil universel. Coût de fonctionnement: 57 millions, financé à 80% par les communes et le canton (dans une proportion de 90%-10%) et à 20% par les parents. Dès 2017, la totalité des coûts publics sera à la charge des communes. Ce service est géré par le Groupement intercommunal pour l’animation parascolaire (GIAP) dans 42 communes sur 45. Grâce à ses 1250 collaborateurs dispersés sur 138 lieux, 15 000 enfants sont pris en charge. Soit 70% des petits élèves genevois.

Un chiffre qui n’est pas près de se stabiliser: «Nous avons une croissance de 5% à 8% par an depuis une dizaine d’années, explique Nicolas Diserens, directeur du GIAP. En effectuant une projection sur le modèle des pays voisins, je pense que nous arriverons bientôt à une proportion de 85%. Car de plus en plus d’enfants profitent de ce service quatre fois par semaine, contre un ou deux jours auparavant.» Si la mission d’encadrement est assurée par les collaborateurs du GIAP, la fourniture des repas incombe aux communes, souvent par le biais d’associations de bénévoles. Le prix du repas oscille entre 7,50 et 12 francs.

(Laure Lugon Zugravu)


Neuchâtel. «Un système simple et compliqué»

Le canton élargit petit à petit son offre d’accueil. Il vient d’ouvrir les tables de midi

Aux dires de Christian Fellrath, chef du Service de protection de l’adulte et de la jeunesse, le système neuchâtelois d’accueil extra-familial est «simple et compliqué». Simple parce que le canton coordonne l’offre, gère la planification et le financement. Compliqué parce que le système repose sur un partenariat «équilibré mais forcément précaire, car les partenaires ont des intérêts divers», poursuit Christian Fellrath.

Le canton et les communes doivent coopérer pour élargir l’offre, mais toutes les communes n’ont pas les mêmes moyens. Pour le financement, le partenariat est quadripartite: les parents paient, en fonction de leur revenu, 39% des coûts, les communes, 38,5%, l’Etat et les employeurs, les 22% restants.

En 2015, le Grand Conseil a voté une stratégie de développement jusqu’en 2020, qui doit couvrir 30% des besoins en crèche et 20% pour le parascolaire (4-12 ans), l’objectif étant que 40% des écoliers puissent être accueillis 2,5 jours par semaine, l’accent étant mis sur les plus jeunes (4-8 ans). Actuellement, l’ancienne norme de 15% est globalement atteinte, la ville de Neuchâtel est déjà proche de 20%.

Les structures d’accueil ne sont pas la panacée partout. L’alternative des mamans de jour, selon un système lui aussi cantonalisé, fonctionne bien.

Malgré un important développement de l’offre – Neuchâtel est un des cantons qui a le plus bénéficié des subventions fédérales – la demande est encore loin d’être satisfaite. Il s’agit d’apporter les bonnes réponses aux besoins. Neuchâtel a ainsi créé les tables de midi pour les 8-12 ans, avec un encadrement restreint.

Le Jura bien loti

Dans le Jura, crèches et unités d’accueil pour écoliers sont sous le même toit. Toutefois, la demande en places d’accueil parascolaire est supérieure à l’offre. Plusieurs communes ont des projets, elles estiment que c’est un bon outil pour attirer des familles.

Bien qu’il s’estime «bien loti», selon Denis Cuttat qui supervise les structures d’accueil, le Jura a engagé une réflexion pour séparer les accueils préscolaire et parascolaire, et pour impliquer les employeurs dans le financement. 

(Serge Jubin)

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