Ils étaient plus de 8000 mardi soir, aux abords de la gare de Lausanne, pour protester contre les nouvelles normes d’encadrement du parascolaire vaudois. L’Etablissement intercommunal pour l’accueil parascolaire primaire (EIAP) a décidé en septembre d’augmenter le nombre d’enfants pris en charge par les professionnels: dès le 1er janvier, une éducatrice diplômée pourra avoir jusqu’à 15 enfants de 6 à 10 ans sous sa responsabilité, contre 12 actuellement.

Pour les 10 à 12 ans, ce taux d’encadrement passera de 15 têtes blondes à 18 maximum. L’organe prévoit également d’engager davantage d’auxiliaires non formés, pour des raisons d’économies. L’EIAP dit répondre à la demande croissante de places pour les enfants hors de l’école en dotant les structures existantes d’une plus grande souplesse. Benoît Gaillard, conseiller communal socialiste de Lausanne, qui milite pour les places d’accueil de jour, n’est pas convaincu par ces mesures.

Le Temps: L’ampleur de la manifestation de mardi soir a été considérable. Que traduit une telle mobilisation?

Benoît Gaillard: Le mouvement de protestation réunit autant les syndicats, les partis de gauche, les professionnels du parascolaire que les parents. Ces derniers sont venus en nombre. Pour eux, l’accueil de jour va au-delà de la simple garde d’enfants; ils se soucient avant tout de la qualité de l’offre. C’est pour cette raison que la manifestation a rencontré un tel succès: les nouvelles normes prévues affaiblissent l’importance d’un encadrement professionnel et leur impact sur les coûts sera marginal (2 à 3% d’économies pour les communes selon les syndicats). C’est un très mauvais message.

C’est donc davantage une question de qualité que de places?

La situation varie selon les communes. A Lausanne, l’offre parascolaire couvre la demande pour les parents actifs professionnellement. Les familles où l’un des parents ne travaille pas, par choix ou non, ont plus de difficulté à placer leur enfant. Elles se retrouvent souvent sur des listes d’attente. Mais ce qui est au cœur du débat sur les nouvelles normes du parascolaire, c’est ce qu’on en attend. Or, comme l’affirme désormais la loi cantonale, l’accueil de jour a aussi pour mission de favoriser l’égalité des chances et de soutenir les enfants dans leur développement. Et cette mission requiert des compétences et des ressources.

Faut-il changer la vision que l’on a du parascolaire?

Tout à fait. Il est nécessaire de sortir de l’idée de simples structures d’accueil créées pour le seul confort des parents. L’offre parascolaire ne doit pas avoir pour unique but de surveiller les enfants. Elle doit aussi fournir un encadrement de qualité bénéfique à leur développement. Les professionnels peuvent par exemple détecter certains problèmes, encourager l’acquisition de compétences ou faire faire des exercices de motricité aux enfants selon leurs besoins. L’accueil de jour peut être profitable à tout enfant, et ce dès le plus jeune âge. A l’entrée à l’école obligatoire, on constate par exemple que les enfants qui sont passés par une structure collective ont parfois plus d’aisance en groupe.

Justement, qu’en est-il de l’offre dans les crèches et garderies?

A Lausanne, la couverture est bonne: on est passé de 30 à 39 places pour 100 enfants entre 2013 et 2017. C’est un taux record en Suisse romande. Cependant, des centaines de familles sont encore sur liste d’attente. Et les ménages touchés par le chômage n’ont actuellement que très peu accès au dispositif, ce qui n’est pas dans l’intérêt des enfants. C’est pourquoi le PS demande à la Ville d’établir une stratégie à long terme pour répondre totalement à la demande. In fine, l’accueil de jour doit devenir un vrai service public.