«Berne. Le vent d'ouest souffle sur la campagne. Maux de tête au-dessus de l'œil droit. Le paysage était malade lui aussi, mais somptueux. Les forêts d'un mauve profond. A Dählhölzli, je m'allongeai par terre. Ainsi, je voyais se balancer les cimes des pins. Un bruissement, un craquement et un frottement des branches. Une musique. A Elfenau, je m'allongeai de nouveau, je me délectai des bouleaux. Leurs troncs argentés et, derrière, l'épaisse forêt du Gurten. Au pied de la forêt les prairies dénudées.» C'est ainsi que Paul Klee, l'écrivain, décrivait sa balade favorite le long de l'Aar. Il en profitait également pour remplir des carnets de croquis d'animaux, de plantes et de paysages. Berne, c'est la ville de Klee. C'est là qu'il décida de devenir artiste et qu'il trouva ses premiers collectionneurs: Hanny Bürgi-Bigler et Hermann Rupf. Cette collection, qui fera partie du futur centre, a élu domicile au Kunstmuseum de Berne en 1962.

Séjour en deux temps

Klee a passé 33 années de sa vie dans la capitale fédérale: sa jeunesse de 1879 à 1906, avec une coupure entre 1898 et 1902 pour ses études à Münich et un séjour en Italie, et la fin de son existence de 1933 à 1940. Entre ces deux périodes, Klee, qui s'est marié à Lily Stumpf, se rend en Allemagne, où il participera au mouvement Blauer Reiter. Dès 1921, il enseignera au Bauhaus de Weimar, puis celui de Dessau, où il partage une maison, construite par Gropius, avec Wassily et Nina Kandinsky. En 1930, il est nommé professeur à l'Académie des beaux-arts de Düsseldorf.

L'arrivée des nazis au pouvoir en 1933 va forcer son retour en Suisse. Après une perquisition à son domicile de Dessau et son renvoi de l'Académie de Düsseldorf, Paul, avec Lily, quitte l'Allemagne le 23 décembre 1933 pour Berne, où ils s'installent dans la maison familiale. Pendant les sept dernières années de sa vie, Klee, rongé par la maladie, reçoit Kandinsky, Picasso et Braque. Il meurt le 29 juin 1940 à l'hôpital Sant Agnese de Locarno-Muralto.

Berne et Klee, une histoire d'amour? Presque. Depuis son émigration en 1933, les époux Klee avaient demandé la naturalisation suisse. Celle-ci ne lui sera accordée qu'à titre posthume. Les nombreux obstacles administratifs, tant pour le permis d'établissement que pour la demande de naturalisation, feront que la reconnaissance officielle de la citoyenneté suisse du peintre et de son épouse interviendra cinq jours après son décès. De quoi donner du crédit à une citation de l'artiste: «Les Bernois sont nonchalants; ils réfléchissent bien plus qu'ils ne le disent…» Aujourd'hui, la ville de Berne est en passe de réhabiliter cet artiste de format mondial avec le futur centre portant son nom.