Pour remédier aux pertes économiques entraînées par la propagation du nouveau coronavirus, le Conseil fédéral a annoncé une série de mesures le 20 mars dernier. Parmi elles, la création d’une allocation perte de gain (APG) destinée aux commerçants contraints de fermer boutique, aux indépendants victimes d’une perte de chiffre d’affaires ou dont les contrats ne pourront être réalisés à la suite des mesures prises par le gouvernement, mais aussi aux parents. Tiraillés au quotidien entre l’encadrement scolaire à domicile de leurs enfants et leur temps de télétravail, les parents sont pourtant peu nombreux à bénéficier pour l’heure de cette aide financière.

«La pression est très forte»

L’Union syndicale suisse (USS) a proposé ce dispositif au Conseil fédéral et observe aujourd’hui sa mise en œuvre. «Au 3 avril 2020, plus de 95 000 demandes d’APG ont été transmises», déclare l’Office fédéral des assurances sociales (OFAS). Pour estimer le nombre d’entre elles qui concernent précisément des parents, l’USS a sondé ses membres la semaine passée et contacté les caisses de compensation suisses. «La part de parents bénéficiaires est très faible, regrette Gabriela Medici, secrétaire centrale de l’USS. Nous constatons que les employeurs n’usent pas de cette possibilité, tout simplement car ils ne connaissent pas son existence, et que, en conséquence, la pression sur les salariés est très forte.»

Lire aussi: Les parents face au défi de l’école à domicile

Pour alléger leurs épaules, les parents d’enfants «de moins de 12 ans qui doivent interrompre leur activité lucrative parce que la garde de leurs enfants par des tiers n’est plus assurée» ont droit à cette allocation s’«ils sont obligatoirement assurés à l’AVS» et qu’«ils exercent une activité salariée ou indépendante», informe l’OFAS sur son site.

Ils doivent alors remplir un formulaire en ligne, joindre leurs derniers bulletins de paie et transmettre leur demande à la caisse de compensation compétente. L’indemnité est fixée à 80% du salaire et est plafonnée à 196 francs par jour. Elle s’applique sans minimum ou limite d’âge et concerne également les personnes exerçant à temps partiel. «C’est la perte de gain qui est déterminante, peu importe le taux d’occupation. Celle-ci doit être prouvée, par exemple grâce à une attestation écrite de l’employeur.»

Lire également: Retour à l’école: l’épais brouillard

De l’insécurité et des inégalités

Si l’APG est méconnue des employés concernés, pour l’USS, c’est faute d’une communication suffisante de l’OFAS et des caisses de compensation. «Les parents ne sont pas traités différemment des indépendants ou des autres bénéficiaires potentiels», répond l’office. «Ils ne transmettent pas l’information de manière claire, souffle Gabriela Medici. Du coup, nous faisons notre possible pour informer un maximum d’employés. Beaucoup d’employeurs, et même un canton alémanique, ne connaissaient pas ce dispositif avant notre appel.» Depuis la fermeture des crèches, écoles et établissements scolaires, des milliers d’employés doivent s’occuper de leurs enfants, ce qui empiète sur leur temps de télétravail. «Ils s’organisent comme ils peuvent, jonglent entre les deux depuis trois semaines, mais ils ne vont pas pouvoir tenir sur la durée si ce confinement se prolonge», prévient-elle.

Notre éditorial: Face au coronavirus, l’école doit ralentir son rythme

D’après les témoignages recueillis par l’USS, de nombreux salariés ont peur de perdre leur emploi s’ils formulent la demande auprès de leur employeur. La plupart sont contraints de poser des jours de congé, d’autres sont mis au chômage technique et certains sont même licenciés. «Nous avons une solution à disposition, maintenant il faut l’appliquer», poursuit-elle avant de rappeler que les femmes sont les plus touchées par cette situation. «Si nous n’agissons pas maintenant, c’est l’égalité homme-femme sur le marché du travail post-coronavirus qui sera dégradée. Nous aurons alors avancé pour mieux reculer.»