En 1994, Rolf Schweiger en a eu marre de la politique. Cette année-là, il décide de quitter le parlement cantonal zougois et de se consacrer à ses seules activités professionnelles, celles d'un avocat d'affaires au service des entreprises de sa région, principalement dans le secteur de la construction. Il était entré jeune en politique: membre du Parti radical à 20 ans, député cantonal à 24. A 49 ans, la lassitude, déjà, s'installe. Fini, terminé, adieu la scène politique.

Quatre ans plus tard, coup de théâtre: Rolf Schweiger refait surface. Andreas Iten quitte le Conseil des Etats, le fauteuil de sénateur radical est à repourvoir, il se lance. Et est élu. Les premières années, il ne se fait guère remarquer. On l'entend intervenir sur les questions financières et fiscales, ce qui n'a rien d'étonnant pour un avocat zougois. Il contribue activement à la création du cercle parlementaire «Politique financière et économique», qui organise des petits déjeuners de réflexion autour de ce double thème. Hans-Rudolf Merz, Gerold Bührer, Christoph Blocher sont aussi de la partie. Lorsque Gerold Bührer annonce son départ de la présidence du PRD à fin 2002, on le contacte, il hésite, mais renonce. Un an plus tard, Kaspar Villiger quitte le Conseil fédéral. Il est prêt à se lancer si aucun de ses deux amis du cercle parlementaire ne tente l'aventure. Mais comme Hans-Rudolf Merz décide d'y aller, il s'éclipse une nouvelle fois. En coulisses, Rolf Schweiger milite cependant pour l'élection de l'Appenzellois et de Christoph Blocher, avec le succès que l'on sait.

Réforme de la direction du parti

Dans ces nouvelles circonstances, Rolf Schweiger se décide à briguer la succession de la Vaudoise Christiane Langenberger à la tête du PRD. Il est élu contre son rival, le Lucernois Georges Theiler. Et se met rapidement au travail. Histoire de ne pas perdre contact avec la société civile, du moins celle qu'il côtoie sur les rives du lac de Zoug, il conserve une vingtaine de mandats dans des conseils d'administration. Sur le plan interne, il met en route la réforme de la direction du PRD, en remodelant le comité directeur afin qu'il représente les différentes sensibilités qui le traversent. Sur ce plan, il subit une défaite: en août, l'assemblée des délégués élit le Valaisan Léonard Bender au poste de vice-président romand alors qu'il aurait préféré que Charles Favre occupe ce poste. Le Vaudois n'est cependant pas complètement écarté des instances dirigeantes, puisqu'il est intégré dans la garde rapprochée dont Rolf Schweiger a souhaité s'entourer pour le conseiller.

Il se montre rapidement à l'aise dans sa nouvelle fonction. Il fait preuve d'un sens du dialogue que ses adversaires politiques ont unanimement salué vendredi, du PS à l'UDC en passant par le PDC. Et on le surprend à mener de main de maître les assemblées du parti, affichant un côté bateleur assez inattendu. Le PRD n'avait plus connu cela depuis le départ de Franz Steinegger. Ni l'austère Gerold Bührer, ni la sympathique Christiane Langenberger n'étaient parvenus à redonner le moral au parti.

Même si le contenu de son discours politique était encore loin de convaincre, Rolf Schweiger était en train de réussir ce pari. Il ne le mènera pas à son terme. Gros consommateur de cigarettes, le Zougois tenait aussi, parallèlement à la présidence du PRD, les rênes de la Commission juridique du Conseil des Etats, en charge du difficile dossier du droit de recours des associations. Tout cela étant sans doute trop pour lui. A 59 ans, il craque.