Les CFF et la SNCF resserrent leurs liens. Vendredi 23 avril, Benedikt Weibel et Louis Gallois, les présidents des entreprises ferroviaires helvétique et française, ont signé à Paris un protocole d'accord visant à améliorer les dessertes transfrontalières et à élargir leur coopération dans le domaine des grandes lignes. Pour illustrer cette bonne entente, la veille, le conseil d'administration des Chemins de fer fédéraux avait tenu sa séance bisannuelle au siège de la société française, situé dans la gare Montparnasse.

Deux échéances proches vont renforcer la position du TGV pour les déplacements internationaux entre les deux pays: la mise en service de la ligne des Carpates, qui permettra fin 2006 de relier Genève à Paris en 3 heures contre 3 h 22 actuellement, et l'ouverture à l'horizon 2007 du TGV Est européen, qui apportera un gain de parcours d'une heure et demie sur la liaison Zurich–Paris en empruntant un nouvel itinéraire via Strasbourg. Bâle ne sera plus qu'à 3 h 30 de la Gare de l'Est. Vers 2011 devrait être inauguré le TGV Rhin-Rhône, dont la Confédération menace toutefois de retarder le cofinancement.

Depuis 2002, l'exploitation commerciale des lignes TGV reliées à Lausanne, Neuchâtel, Berne et Zurich est assurée par Lyria, la filiale des deux entreprises ferroviaires. Dès 2005, Lyria gérera aussi la desserte avec Genève. La SNCF espère ainsi reprendre les parts de marché grignotées par EasyJet. Avant que la compagnie aérienne low-cost ne relie Cointrin et Orly, la moitié des transports entre Paris et Genève s'effectuait en TGV. En 2003, avec 800 000 voyageurs, la SNCF ne détenait plus que 35% des parts de marché. Grâce à une politique tarifaire revue à la baisse, l'entreprise française vient de se redresser à 40% lors du dernier pointage.

«Nous avons cru à tort que Genève-Paris était une liaison essentiellement française, explique Louis Gallois. Si c'est vrai techniquement, puisque le trajet s'effectue surtout sur sol français, c'est faux du point de vue de la clientèle, qui souhaite une gamme tarifaire et un accueil franco-suisses.» Les TGV qui circuleront sur la ligne Genève-Paris seront donc aménagés comme ceux des deux autres lignes Lyria. Les deux compagnies ont décidé de mettre en place un système de vente commun qui facilitera la gestion des connexions entre les réseaux.

Benedikt Weibel et Louis Gallois veulent aussi améliorer la desserte régionale transfrontalière. «C'est incompréhensible que nous n'arrivions pas à relier Genève à Annemasse ou Annecy, déplore le président de la direction des CFF. Malheureusement, il nous manque encore le Cornavin–Eaux-Vives–Annemasse. Mais en attendant, nous devons nous mettre ensemble et prendre des mesures sur le plan des infrastructures et du matériel roulant.»

Les deux présidents n'ont pas pu présenter de manière détaillée les changements qui interviendront. Pour l'instant, ils prétendent étudier et proposer de nouvelles offres compétitives pour aboutir à une augmentation de la part ferroviaire dans le marché des déplacements. L'objectif est de concevoir une offre transfrontalière coordonnée, adaptée en matière de dessertes et de tarifications. Cette coopération fondée sur la mise en commun des capacités d'études, de compétences et de savoir-faire concernera les trois espaces où la mobilité transfrontalière croissante s'accentue depuis l'entrée en vigueur des accords bilatéraux entre la Suisse et l'Union européenne. Il s'agit de la zone de Bâle, où l'agglomération comprend 600 000 habitants, de l'Arc jurassien (300 000 habitants), et de la région genevoise (900 000 habitants).