Éditorial

Quand la parité ira de soi

ÉDITORIAL. Trois femmes au Conseil fédéral, c’est bien. Mais rappelons-nous le chemin qu’il a fallu parcourir – et parfois reparcourir – pour en arriver là

1971, les femmes obtiennent le droit de vote en Suisse. 2018, le monde politique s’éblouit que, pour la première fois, deux nouvelles conseillères fédérales, Viola Amherd et Karin Keller-Sutter, soient élues le même jour; pour en rejoindre une troisième, Simonetta Sommaruga, qui risquait de rester seule parmi les sept Sages.

Près de cinquante ans ont passé, et la présence des femmes au sommet ne va pas encore de soi. Il avait déjà fallu attendre 1999 pour voir une première présidente de la Confédération, Ruth Dreifuss; et 2011 pour que quatre élues figurent sur la photo du Conseil fédéral.

Pour que cette double élection ait enfin lieu en 2018, pour qu’elle se déroule si aisément, bien des colères ont dû s’exprimer. Ce contexte batailleur, national et international, a pesé. Au point que l’idée de miser sur des femmes a fini par s’imposer aux partis comme aux Chambres. Il était temps.

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Difficile pour les élus des Chambres – majoritairement masculins – d’ignorer les combats de ces derniers mois. En Suisse, les débats autour des inégalités de salaire, sur l’absence criante des femmes dans les conseils d’administration et les discussions ardues autour du congé paternité – puissant facteur d’égalité face aux employeurs –, à quoi s’ajoutent les statistiques effarantes sur les violences domestiques (22 femmes en moyenne trouvent la mort chaque année dans notre pays), ont fait monter la pression.

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La politique n’est pas le seul domaine où des bastions cèdent aux femmes. La culture s’est aussi retrouvée sous tension: des femmes cinéastes ont tenté de s’imposer dans les festivals en Suisse et dans le monde. En sport, les footballeuses sont de plus en plus populaires, au point qu’un Ballon d’or féminin vient de voir le jour. Ce ne sont que quelques exemples de ce second souffle féministe né, notamment, sous l’impulsion de #MeToo.

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Réjouissons-nous de ce nouveau Conseil fédéral placé sous le signe d’une – petite – parité retrouvée. Mais n’oublions pas le long chemin qu’il a fallu parcourir, et parfois même reparcourir, pour y parvenir. N’oublions pas qu’il s’agit encore d’une exception. Qu’au Conseil des Etats les femmes risquent encore de se raréfier l’an prochain, que dans les gouvernements cantonaux l’égalité est souvent un mirage. La vraie jubilation viendra le jour où le choix des femmes s’imposera sans bataille, sans qu’on y pense, parce que les femmes, tout simplement, sont là, au même titre que les hommes.

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