Le premier jour de classe approche pour les nouveaux élus. Conviés à Berne ce vendredi pour une «séance d’accueil», les parlementaires fraîchement désignés par le peuple ont eu droit à une introduction didactique aux services du parlement. Récit de l’excursion.

Silence dans les rangs

«N’oubliez pas de résilier vos forfaits CFF avant fin novembre», indique d’un ton monocorde Andreas Wortmann, le chef du secteur Infrastructures du législatif suisse. Après un premier mot de bienvenue de la part Marina Carobbio (PS/TI), la parole est au fonctionnaire. En face de lui, assis dans la salle du Conseil national, les nouveaux élus écoutent sagement sous l’œil intéressé des journalistes.

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Visiblement ravis d’être là, les politiciens observent leur nouvel environnement, prennent quelques selfies et palpent le cuir de leur pupitre. Les plus médiatisés des anciens candidats sont immédiatement reconnaissables: Tamara Funiciello (PS/BE), l’ancienne présidente des Jeunes socialistes, Andri Silberschmidt (PLR/ZU), la nouvelle étoile montante zurichoise de droite, Céline Vara (Verts/NE), la sensation écologiste neuchâteloise, ou encore Heidi Z’graggen (PDC/UR), la très médiatisée ancienne candidate uranaise au Conseil fédéral.

D’autres figures sont par contre totalement inconnues. «Au fond, en bleu, qui est-ce?» glisse une collègue de la télévision alémanique. Et fait chou blanc. Le chapitre abonnement de train est suivi d’une annonce concernant La Poste et les assurances, saluée par quelques bâillements. Assis à leurs petits bureaux face à un représentant de l’administration, les parlementaires ne peuvent s’empêcher d'adopter des comportements analogues à ce que l'on observerait dans une école lors du discours de bienvenue du directeur. La plupart d'entre eux pianotent sur leur natel, quelques-uns inspectent d’un œil distrait les moulures du plafond. Détail piquant: dépourvus de places attribuées, les élus de gauche comme de droite se sont naturellement assis là où leur camp siège habituellement. «Enfin, passons maintenant à l’utilisation de l’intranet et de l’extranet…» poursuit Andreas Wortmann. Damien Cottier (PLR/NE) se met à triturer l’encrier de son pupitre.

«Où est le wifi?»

Les informations d’usage du chef des Infrastructures terminées, les nouveaux sont invités à sortir de la salle du Conseil national pour découvrir quelques stands disposés à leur intention dans la salle des pas perdus. «Plurilinguisme», «Bibliothèque du parlement», «Francophonie» ou encore «Fedpol» sont là pour renseigner les députés.

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Dès leur sortie, les journalistes affluent. La RTR se jette sur Jon Pult (PS/GR), la sensation grisonne, dont le romanche sonore résonne sous les angelots de la galerie. Il règne un joyeux désordre. «Si vous recevez des menaces ou des e-mails intimidants, c’est vers nous qu’il faudra venir», m’explique très sérieusement un des employés de Fedpol, visiblement persuadé qu'il se trouve face à un nouvel élu. Les médias ne sont pas les seuls à devoir encore mémoriser les nouveaux visages.

Encore un peu de temps pour se préparer

Croisée au détour d’une plante verte, l’élue lausannoise Léonore Porchet (Verts/VD) parcourt dubitativement ses formulaires. «Je cherche encore le wifi», dit-elle. Un peu plus loin, Fabien Fivaz (Verts/NE) avoue avoir quelque peu «galéré avec [sa] caisse de pension». Il y aura du travail pour se mettre en conformité administrative et se sentir à l’aise avec tous les outils mis à disposition par leur nouvel employeur, confessent les rookies. La pression du début de mandat commence également à poindre: «Je me réjouis beaucoup, sourit Johanna Gapany (PLR/FR). Mais il y a effectivement beaucoup de choses à assimiler.» Au bénéfice d’une solide expérience politique, la Fribourgeoise n’est pas la plus mal lotie. «Je n’ai encore jamais siégé nulle part, rappelle Stéfanie Prezioso (SolidaritéS/GE). J’ai tout à apprendre.»

Les élus prêteront serment le 2 décembre, premier jour de la session d’hiver. «Le temps de continuer d’étudier les dossiers et de persévérer dans mes cours d’allemand», rigole Valentine Python (Verts/VD). D’ici là, il faudra également se partager les places disponibles au sein des diverses commissions parlementaires. Et trouver ce satané code wifi. «J’ai demandé, il faudra attendre notre assermentation», indique la climatologue. Ne reçoit pas les clés du réseau fédéral n'importe qui.