Genève

Le parlement genevois ou l'ébullition constante

Loin d’être une chambre d’enregistrement à la vaudoise, le Grand Conseil genevois est un ring politique sur lequel les députés s’affrontent, s’invectivent, hurlent parfois et renvoient souvent le Conseil d’Etat dans les cordes. Evocation d’un cirque politique alors que les Vaudois inaugurent leur nouvelle enceinte

L’image a fait le tour du pays, au minimum. En février 2012, Eric Stauffer, alors lider maximo du MCG, jette le contenu de son verre d’eau à la figure du PLR Pierre Weiss, en pleine séance plénière du Grand Conseil. Esclandre, tollé, plainte, exclusion de commission pour l’arroseur, recours au Tribunal fédéral, bref: une genevoiserie d’école, comme seule la République sait en produire.

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Très loin des parlements plus policés des autres cantons suisses, le législatif genevois est une arène dans laquelle la politique est aussi bruyante et mouvementée qu’imprévisible. «Les gens qui viennent assister aux séances du Grand Conseil en sortent souvent impressionnés par le bruit et la violence des invectives qui volent à travers dans la salle», confirme Jean Romain.

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Des blocs qui se délitent

Pour le député PLR, cette particularité du législatif genevois tient à plusieurs choses: «D’abord, au début de la législature, le Grand Conseil était divisé en trois blocs, la gauche, la droite et la droite dure. Ces blocs se délitent maintenant, du fait du glissement à gauche du MCG depuis le départ d’Eric Stauffer. Le rapport de force change donc à présent souvent au gré des objets, avec l’instabilité que cela suppose.»

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La foire d’empoigne au Grand Conseil ne date pourtant pas de la crise du MCG. «Il y a quelque chose de plus structurel, poursuit Jean Romain. Au-delà de la proximité culturelle avec la France, qui nous rend plus frondeurs et moins disciplinés, les députés genevois peuvent présenter des projets de loi, là où dans d’autres cantons comme Vaud, le parlement ne fait que se prononcer sur des projets présentés par l’exécutif.»

Une option qui «sulfurise les choses»

Cette possibilité constitutionnelle «sulfurise nécessairement les choses, estime le PLR. Dans la mesure où l’on peut passer outre l’accord du Conseil d’Etat si l’on réunit une majorité suffisante.» Exemple récent: pour contrer la réforme structurelle esquissée par le gouvernement pour assainir la Caisse de pension de l’Etat de Genève (CPEG), le MCG, le PS, les Verts et l’extrême gauche – soit une courte majorité – viennent de déposer un projet de loi en vue d’une recapitalisation rapide de la Caisse à hauteur de 800 millions. Le Grand Conseil se réunira en urgence le 24 avril, et les débats promettent d’être houleux.

Il y a plus: «Les députés de droite, en particulier les ex-libéraux du PLR, n’hésitent plus à s’opposer frontalement à leurs ministres, sourit Salika Wenger. Parce qu’ils enragent que ceux-ci soient d’anciens radicaux. On l’a vu sur le budget, par exemple.» La députée d’Ensemble à Gauche souscrit à l’analyse de Jean Romain et en déduit que le Grand Conseil genevois est «le contraire de la chambre d’enregistrement. A Genève, le parlement fait les lois, le gouvernement les exécute. On fait vraiment de la politique. C’est en fait un fonctionnement beaucoup plus démocratique qu’ailleurs.»

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