Accusé de s'être «mis en grève», d'avoir «commis une bourde» et de faire preuve de «candeur». Laurent Moutinot, ministre socialiste de la Police genevoise, a été la cible de dures attaques issues des rangs libéraux et UDC, vendredi soir au Grand Conseil. Au terme de joutes émotionnelles, le magistrat a été désavoué dans sa politique de lutte contre la mendicité. Par 53 oui, 30 non et 5 abstentions, les députés ont décidé de revenir sur la décision prise en juin par Laurent Moutinot: le fait de tendre la main est à nouveau illégal à Genève.

«Cesser l'hypocrisie»

C'est une lutte bloc contre bloc qui s'engage dès les premières secondes du débat. Au cœur des discussions: le projet élaboré par les libéraux et l'UDC, qui affiche un double objectif: punir le mendiant de l'amende et permettre le prélèvement immédiat de l'argent dû. Pour «cesser d'être hypocrite et ne plus donner un message alambiqué aux mendiants», tonne le libéral Olivier Jornot.

L'élu n'a pas digéré, à l'instar de l'ensemble de la droite, la décision de Laurent Moutinot qui proclamait en juin que le fait de faire la manche n'était plus amendable. Au motif que la nouvelle loi pénale ne le permettait plus.

Selon Jean-Michel Gros, également libéral, cette décision a créé «un appel d'air». La nouvelle du remboursement des amendes serait allée jusqu'en Roumanie, et les Roms se seraient depuis lors multipliés dans les rues genevoises. «C'était une fausse bonne idée. Les mendiants ont pris Genève pour un eldorado», ajoute le radical Frédéric Hohl.

A gauche, les députés tentent en vain d'obtenir un renvoi du projet en commission. Ils veulent donner du temps au plan mendicité présenté le 13 novembre conjointement par le magistrat radical municipal Pierre Maudet et le socialiste Laurent Moutinot. Un dispositif composé de trois volets - sanitaire, social et policier - dont le but est avant tout de dissuader les mendiants en leur rendant la vie impossible (LT du 14.11.2007).

Le conseiller d'Etat Laurent Moutinot plaide: «Depuis dix jours, la police intervient. Un certain nombre de mendiants sont rentrés chez eux.» Seule la gauche soutient le magistrat.

L'écologiste Mathilde Captyn «déplore l'approche strictement sécuritaire de la droite. Vous faites de la mendicité une activité sale en la comparant aux souillures du domaine public. Votre projet de loi ne fait que repousser la question hors de notre vue, ce qui est proprement irresponsable.» La Verte Michèle Künzler s'indigne: «Comme si c'était un crime d'avoir faim!»

«Racisme et haine»

Autre motif de colère de la gauche: «l'incitation au racisme et à la haine» qui découle du projet de droite, estime la socialiste Virginie Keller Lopez. «Vous stigmatisez les Roms!» accuse-t-elle. Sa collègue de parti Véronique Pürro, qui dirige le Service social de la Ville de Genève, s'énerve aussi: «Comment peut-on utiliser une population persécutée à des fins purement politiciennes? Il est faux de dire que les Roms sont plus nombreux depuis la décision de Laurent Moutinot. On ne quitte pas son pays et on ne dort pas sous les ponts sous prétexte que la mendicité est légale. Ne laissons pas croire à la population que votre loi est la seule capable d'éradiquer tous les problèmes.» Avec la dernière énergie, le conseiller d'Etat Laurent Moutinot s'est élevé contre «la pénalisation indigne de l'acte de tendre la main. Vous voulez donc prendre l'argent des gobelets des mendiants, fruit de la générosité des Genevois. Nous devons gérer dignement le problème de la mendicité. La loi que vous allez voter, je l'appliquerai avec proportionnalité», a-t-il prévenu.

En vain. La majorité de droite a voté Après le projet de loi qui interdit désormais la mendicité à Genève. Peu après, le parlement a également accepté une résolution socialiste demandant au Conseil d'Etat d'intervenir auprès des autorités fédérales pour renforcer les activités de la DDC en Roumanie. Notamment par le soutien de projets à destination des Roms.