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Pierre Maudet lors de la prestation de serment du 31 mai 2018
© MARTIAL TREZZINI

Genève

Le parlement genevois réprouve le voyage de Pierre Maudet

La résolution dénonçant l’acceptation d’une luxueuse escapade par le conseiller d’Etat a été votée par une franche majorité du Grand Conseil à l’issue d’une séance extraordinaire consacrée à ce sujet sensible

Le voyage d’Abu Dhabi offert à Pierre Maudet aura animé ce jeudi une session extraordinaire du parlement genevois. La résolution, déposée par quatre partis, demandait au Grand Conseil de donner un signal politique fort en réprouvant l’acceptation de ce luxueux cadeau par le conseiller d’Etat et son chef de cabinet.

Le message, d’une portée essentiellement symbolique, a été approuvé par 55 voix contre 36. Un seul député a choisi l’abstention. Quant au principal intéressé, il a brillé par son absence durant cette demi-heure consacrée aux contours et aux conséquences de cette escapade encore assez énigmatique. Pierre Maudet, tout comme le reste du collège, a pris place une fois ce débat achevé.

Désapprobation publique

Jocelyne Haller (EàG), en sa qualité de première signataire de cette résolution, a donné le coup d’envoi des interventions. Toutes brèves. «Le parlement ne peut rester impassible face à des faits déjà reconnus pour l’essentiel par le magistrat. Il faut marquer publiquement notre désapprobation envers de tels agissements susceptibles de jeter une ombre sur l’intégrité d’un élu qui se doit de rester au-dessus de tout soupçon», a souligné la députée. Une position soutenue sans réserve par les socialistes et les Verts.

A l’inverse, Vincent Maitre (PDC) a relevé le caractère «précipité» de cette résolution qui «court-circuite la présomption d’innocence». Au nom de son groupe, Cyril Aellen (PLR) a rappelé que Pierre Maudet avait lui-même évoqué «une imprudence» en s’expliquant sur ce voyage. Le député préfère quant à lui parler «d’erreur politique». Il estime toutefois que la réprobation visée par cette résolution est «un jugement d’ordre moral qui n’a pas sa place dans cette enceinte».

Du côté de l’UDC, Thomas Bläsi a tenté de faire passer deux amendements pour élargir la problématique du cadeau à l’examen de la déclaration fiscale de Pierre Maudet afin de savoir si les montants liés à cette invitation ont été annoncés en bonne et due forme. Un troisième ajout visait à pousser le Ministère public à instruire sans fléchir et à expliquer les raisons de son silence. «Une violation crasse de la séparation des pouvoirs», a rétorqué Cyril Aellen. Tous ces amendements ont été rejetés par 68 voix contre 17.

Fébrilité ambiante

Une certaine fébrilité avait précédé cette session spéciale. Et pour cause. Ce n’est pas tous les jours que les députés, qui exercent la haute surveillance sur le Conseil d’Etat, sont appelés à désavouer l’éthique d’un magistrat. Et pas n’importe lequel. Pierre Maudet, le mieux élu, nommé président du gouvernement malgré la tourmente de cette affaire, et entouré d’une sorte d’aura d’intouchable.

Lire aussi: La gauche ne démord pas de l’affaire Maudet

Pour Ensemble à gauche, véritable moteur de la critique, rallié par le Parti socialiste, les Verts et le MCG, l’enjeu était d’obtenir une majorité pour faire passer cette résolution sur le siège, en évitant le renvoi dans les limbes d’une commission. Avec le soutien récent de l’UDC (et malgré des voix dissonantes), la pression politique s’est faite encore plus forte. Le PDC n’a pas franchi le pas d’un désaveu même minimaliste. Son président, Bertrand Buchs, a toutefois annoncé qu’il allait s’abstenir pour rester fidèle à ses convictions tout en respectant le choix du parti.

Audition prévue

Cette session spéciale ne marque de loin pas la fin de cette affaire. Le voyage de fin novembre 2015 est toujours sous la loupe de la Commission de contrôle de gestion qui examine la nature publique ou privée de ce déplacement et la question de savoir si le magistrat doit lâcher le Département de la sécurité et la tutelle de l’aéroport durant le temps de l’enquête. Pierre Maudet et Patrick Baud-Lavigne (qui quittera son poste de chef de cabinet à la fin du mois) ont été convoqués pour une longue audition.

Ladite commission a également demandé plusieurs documents: l’ensemble de la correspondance du Conseil d’Etat liée à l’escapade d’Abu Dhabi, le règlement interne s’agissant des voyages des membres du gouvernement, le rapport de police envoyé par le Ministère public à Pierre Maudet afin que ce dernier fasse ses observations et tout ce qui concerne l’octroi d’une concession aéroportuaire à la société émiratie Dnata.

Lire aussi: Pierre Maudet, le retour de bâton

Volet pénal en cours

Parallèlement, le Ministère public enquête toujours pour savoir si le voyage offert à Pierre Maudet, sa famille et son chef de cabinet, visait à attirer ses bonnes grâces de ministre et s’il en avait conscience. Selon les dernières explications du conseiller d’Etat à la presse, c’est un homme d’affaires libanais, domicilié dans les Emirats, qui aurait fait preuve de cette générosité évaluée à plusieurs dizaines de milliers de francs.

Il faudra sans doute attendre la rentrée de septembre pour savoir si le parquet entend demander une autorisation de poursuivre au Grand Conseil (ce qui équivaut à une levée d’immunité), nécessaire pour toute mise en prévention du président du Conseil d’Etat, ou si le volet pénal en restera là.

L’acceptation de cette résolution par le parlement, résolution qui souligne par ailleurs la nécessité de prévenir toute interférence du pouvoir exécutif dans cette enquête, constitue aussi une forme d’encouragement adressé au Ministère public. C’est le signal qu’une éventuelle requête de sa part ne sera certainement pas balayée par les députés.

Lire encore: Le parquet genevois confronté à l’épineuse affaire Maudet

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