C'est un coup d'éclat inattendu: par 28 voix contre 27 (le député PDC Michel Choffat a voté avec la gauche), le parlement jurassien, qui venait de s'opposer au principe de la remise de l'arme à l'arsenal, a accepté une motion du popiste Rémy Meury, visant à faire interdire toute garde armée sur territoire jurassien. Pas seulement la garde armée chargée, qui fait débat en Suisse, mais tout port d'arme lors des gardes. Applaudissements au moment du vote dans les rangs de la gauche parlementaire.

Faut-il y voir une réminiscence de l'antimilitarisme viscéral jurassien? Il n'en a pas été question lors du débat. Rémy Meury estime que la garde armée et chargée est «inacceptable, car elle augmente les risques d'accidents et ne répond à aucun besoin. Aucune menace ne justifie une telle mesure.» «Nous devons être réalistes, des dérapages peuvent avoir lieu», renchérit le socialiste Michel Thentz, s'inscrivant dans la vaste tendance actuelle qui décrédibilise l'armée.

La motion adoptée charge le gouvernement jurassien «d'utiliser toutes les possibilités légales pour interdire la garde armée», d'intervenir auprès du Département fédéral de la défense et «d'informer les communes sur leurs droits d'opposition en la matière en les encourageant à les utiliser».

«Nous n'avons aucun moyen de contrainte à l'égard du Département de la défense», commente, perplexe, le ministre Charles Juillard. Il souligne que le canton dialogue déjà avec les responsables de la place d'armes de Bure, pour les rendre attentifs à ce sujet sensible. Mais c'est la Confédération qui y impose ses règles.

Hors du périmètre de Bure, peu d'activités militaires dans le Jura. Les cours de répétition s'y concentrent. Et si des activités militaires se déroulent à l'extérieur de la place d'armes, les autorités militaires entrent en contact avec les autorités locales, qui peuvent refuser d'accueillir des soldats avec une arme chargée.

Le Jura franchit un pas supplémentaire dans le débat sur la garde armée. A Zurich, le Grand Conseil a adopté un postulat urgent qui s'oppose à la garde armée chargée.