Les affaires liées aux routes sont sources de conflit entre Berne et le Jura. En 1947, c'est le refus du parlement bernois de confier le Département des travaux publics au conseiller d'Etat jurassien Georges Moeckli qui a engendré l'émergence de la Question jurassienne. Les relations, aujourd'hui normalisées entre Berne et le Jura, pourraient connaître un nouveau haut-le-corps en raison de programmes non coordonnés de construction de la Transjurane, de part et d'autre de la frontière entre les deux cantons.

Les présidents des cinq groupes parlementaires jurassiens prennent le canton de Berne en flagrant délit de promesse non tenue: ils produisent un courrier, rédigé à la suite d'une résolution de l'Assemblée interjurassienne, cosigné par les ministres bernois et jurassien des Travaux publics, Dori Schaer et Pierre Kohler, daté du 14 novembre 1997 et adressé au Conseil fédéral, auquel ils demandent de «débloquer les crédits nécessaires pour permettre l'achèvement de l'A16 en 2008».

Dans sa réponse du 6 avril 1998, l'Office fédéral des routes, citant «la volonté exprimée par M. Leuenberger d'achever rapidement le réseau routier», relevait que «votre planification […] correspond à la vision actuelle des choses» et reprenait à son compte «l'horizon 2008».

Le parlement jurassien s'insurge des nouveaux délais émis par le canton de Berne: en 1998 et 1999, Dori Schaer a repoussé l'échéance à 2014. Le projet de nouveau plan directeur bernois, mis en consultation la semaine dernière, mentionne 2017 pour le dernier tronçon de 9 kilomètres entre Court et Reconvilier. Le Jura a lui prévu la fin des travaux entre Boncourt et la frontière bernoise en 2008.

Les présidents des groupes politiques jurassiens demandent à leur gouvernement d'aller tirer l'oreille de son homologue bernois «pour qu'il respecte les engagements pris auprès du canton du Jura et de la Confédération».

«Pour le Jura comme pour le Jura bernois, le développement passe par le désenclavement et le raccordement au réseau autoroutier suisse. C'est la priorité des priorités, explique le ministre jurassien de la Coopération, Jean-François Roth. A ceux qui pourraient dénoncer l'immixtion du Jura dans les affaires du canton de Berne, nous mettons en avant l'interdépendance du Jura et du Jura bernois dans le dossier de la Transjurane.»

Le parlement jurassien ajoute que «tout retard dans la réalisation de l'A16 porte préjudice au développement du canton et va à l'encontre des objectifs fixés par le projet Pays ouvert». Le législatif fait la leçon au canton de Berne, qui «cherche à se profiler comme un pont entre Suisse romande et Suisse alémanique», mais qui «subordonne ce rôle politique à une gestion financière drastique et non coordonnée».

A Berne, on n'a pas connaissance de la motion déposée mercredi à Delémont. Responsable des relations de la Direction des travaux publics avec le Jura bernois, Jean Stöpfer justifie le délai de 2014 par «l'état des finances cantonales bernoises, qui ne permet pas d'accélérer les chantiers. Il ne faut pas oublier que le canton de Berne paie 17% des coûts.» Le Jura, lui, ne finance que 5% des investissements de son autoroute, 95% étant pris en charge par la Confédération.

Le différend autoroutier et la démarche cavalière du Jura, susceptible de vexer le gouvernement bernois, rallumeront-ils un tison du brasier éteint en 1994 entre Berne et le Jura? Mis à part les situations particulières de Moutier et de Vellerat qui ont retardé le processus, les deux cantons ont normalisé leurs relations et sont même disposés à lâcher une once de leur souveraineté pour créer des institutions communes au Jura et au Jura bernois.

«Je n'imagine pas que le dossier de la Transjurane puisse remettre cette dynamique en cause, souligne Jean-François Roth. Ni Berne ni le Jura n'ont intérêt à retourner à une situation conflictuelle. Mais c'est vrai que l'A16 est une épine dans nos relations bilatérales. Nous devons en discuter et chercher un compromis pour que Berne avance l'échéance de 2017, beaucoup trop lointaine et carrément inenvisageable. Attendre 2008 est déjà bien long!»