La crise n’est de loin pas terminée, les aides doivent se poursuivre. C’est le message délivré mardi par le Conseil national, qui a accepté une motion de l’UDC demandant la prolongation des soutiens financiers alloués aux indépendants qui ne peuvent pas exercer leur activité professionnelle à cause des restrictions toujours en vigueur. Cela concerne notamment les acteurs du monde du spectacle, du secteur événementiel ou du voyage. Même si l’interdiction des manifestations de plus de 1000 personnes est levée à partir du 1er octobre, des contraintes sanitaires demeurent et de nombreux événements sont d’ores et déjà annulés. «Pour les organisateurs, cela signifie des pertes massives de chiffre d’affaires», résume Albert Rösti (UDC/BE).

En votant cette motion par 147 voix contre 35 (celles du Centre et du Parti vert’libéral, qui la jugent superflue), le Conseil national a ainsi donné un signe politique à la veille du débat plus fondamental qu’il va mener, ce mercredi, sur la loi urgente Covid-19. Dans ce cadre, le Conseil fédéral propose lui-même de maintenir, jusqu’à fin 2021, la possibilité de verser des allocations pour perte de gain (APG) aux personnes qui ne peuvent pas travailler à cause des mesures prises pour surmonter l’épidémie.

«Beaucoup restent en dehors des clous»

Il faut rappeler que le Conseil fédéral avait, dans un premier temps, limité le versement d’APG à certaines catégories d’indépendants à fin mai. La mesure a été prolongée jusqu’à mi-septembre. La majorité du parlement estime que ces soutiens doivent se poursuivre. «Force est de constater, à la vue d’un parlement garni de plexiglas, que la crise du coronavirus est loin d’être terminée. Si un grand nombre d’entreprises ont pu heureusement retrouver une vitesse de croisière quasi ordinaire, beaucoup, malheureusement, restent encore en dehors des clous et ne retrouveront pas d’ici à la fin de l’année leur chiffre d’affaires ordinaire», analyse Philippe Nantermod (PLR/VS).

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Fait rarissime, la gauche a elle aussi voté la motion de l’UDC, car elle partage sa préoccupation. Pierre-Yves Maillard (PS/VD), président de l’Union syndicale suisse: «On continue d’avoir des restrictions. Une bonne partie de l’activité peine à redémarrer. On commence à entendre une sorte de petite musique qui dit qu’on ne peut pas soutenir indéfiniment l’économie ou les indépendants. Cette petite musique est dangereuse. Nous devons poursuivre le soutien aussi longtemps que les restrictions ne permettront pas à certaines activités économiques de repartir et de durer. On ne peut pas sélectionner ceux qui survivent et ceux qui ne survivent pas», plaide-t-il.

Méfiance envers les pleins pouvoirs

Ce mercredi, le Conseil national aborde le projet de loi urgente Covid-19, dont le but est d’ancrer dans le droit ordinaire, mais seulement jusqu’à fin 2021, certaines mesures prises par voie d’ordonnance durant la pandémie. Les travaux préparatoires ont traduit une certaine méfiance vis-à-vis des pouvoirs accordés au Conseil fédéral. C’est pourquoi les cantons, les partenaires sociaux et les commissions parlementaires spécialisées devront être consultés avant que certaines mesures ciblées ne soient prises.

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Des indemnités pour réduction de l’horaire de travail (RHT) devront aussi pouvoir être versées aux personnes travaillant sur appel, à celles qui ont un contrat à durée déterminée et aux apprentis. Les employeurs pourront être contraints d’assurer la sécurité sanitaire des travailleurs vulnérables. S’ils continuent de verser un salaire à un collaborateur qui n’est pas en situation de travailler, ils auront droit à un remboursement via les APG. Complémentaire aux efforts consentis par les cantons, l’aide fédérale dans le domaine de la culture doit être portée à 100 millions de francs au lieu des 80 proposés par le Conseil fédéral. Et la délicate question des soutiens fédéraux aux crèches va revenir dans la discussion. La loi Covid-19 doit être sous toit avant la fin de la session, le 25 septembre.