Le Grand Conseil neuchâtelois n'a pas été tendre, mercredi, avec le gouvernement. Socialistes puis radicaux ont vertement critiqué l'attitude du Conseil d'Etat face aux initiatives fiscale et en faveur des familles. Il y a une semaine, ce dernier avait annoncé qu'il n'opposerait pas de contre-projet, proposant simplement le rejet de ces quatre initiatives. Pour mémoire, «Moins d'impôts pour tous», lancée par la Chambre neuchâteloise du commerce et de l'industrie, prévoit une réduction linéaire de 12% des impôts pour les personnes physiques et de 25% pour les entreprises. «Mieux vivre en famille», soutenue par les socialistes, demande une assurance maternité cantonale, la création d'une contribution éducative et un développement de l'accueil de la petite enfance.

«Ce n'est pas quand l'orage menace que l'on quitte le poste de pilotage et que l'on confie la responsabilité du navire à l'équipage. C'est pourtant l'impression que donne la décision du gouvernement», a lancé Martial Debély, député socialiste. En écho, Roland Débely a fait part de la déception des radicaux: «Le gouvernement a-t-il pris la mesure de la bombe financière ingérable que constitue le risque de voir le peuple accepter ces initiatives?»

Le député se demande aussi si le «principe de la chaise vide était un élément nouveau de l'audace ou s'il traduisait plutôt un repli?» Le mécontentement des députés était d'autant plus grand qu'ils ont l'impression que l'exécutif leur avait refilé la patate chaude après avoir, des mois durant, promis un projet concret.

Pris à partie, Pierre Hirschy, président du Conseil d'Etat, a contre-attaqué: «Je le répète. Le Conseil d'Etat ne peut pas cautionner des projets qui «péjorent» les finances du canton. Notre décision n'est pas une dérobade car nous avons eu le courage de ne pas répondre à des initiatives trop ambitieuses. C'est une attitude responsable, face à une situation extrêmement mauvaise.» Et de rappeler que ces initiatives ont été lancées en période d'embellie économique: «Le contexte a aujourd'hui totalement changé.»

Le magistrat libéral n'a pas vraiment convaincu l'assemblée. Les députés ont surtout retenu qu'ils se retrouvent devant une tâche compliquée. «Peut-être que le gouvernement veut transférer ses responsabilités au Grand Conseil? Pourquoi pas. Seulement nous n'avons pas les instruments pour traiter ce sujet complexe. Le Conseil d'Etat avait les moyens et le temps de trouver un consensus. Il n'a pas saisi cette chance. Aujourd'hui à Neuchâtel, on a l'impression que gouverner, c'est subir», regrette Martial Debély.

Le risque le plus grand est de voir chaque groupe du parlement développer son propre projet. Un mouvement qui s'est déjà dessiné durant cette session, puisque les libéraux ont déposé mardi un projet modifiant la loi sur les contributions directes. Ce texte reprend la philosophie de l'initiative fiscale en demandant une diminution des impôts en deux étapes pour atteindre 7% en 2005. Il fait également la part belle aux familles en incluant plusieurs déductions nouvelles (total des primes de la LAMal, frais de garde des enfants, «bonus» pour les couples…). Le manque à gagner pour l'Etat s'élèverait à quelque 50 millions de francs. Le texte va être discuté en commission, mais il suscite déjà l'opposition des socialistes.

Que faire alors pour éviter l'impasse? «La moindre des choses pour commencer à travailler serait que l'on puisse prendre connaissances des différents scénarios explorés par le Conseil d'Etat, estime Martial Debély. Ensuite, il faut que l'on se mette à table pour trouver un terrain d'entente.» Ces documents, Pierre Hirschy a promis de les fournir dans leur intégralité aux députés avant la fin de novembre. Mais le temps presse: le Grand Conseil ne dispose que de douze mois pour mener son projet à terme. En cas d'échec, le gouvernement devra faire preuve de beaucoup de persuasion pour convaincre le peuple de refuser des initiatives alléchantes pour les porte-monnaie.