Le feuilleton de la filière professionnelle du Conservatoire neuchâtelois a peut-être trouvé son épilogue. Contre l'avis du Conseil d'Etat à majorité rose-verte, le Grand Conseil a décidé hier par 59 voix contre 45 de maintenir la demande d'accréditation pour que le Conservatoire rejoigne le domaine «Musique» de la HES-SO (Haute Ecole spécialisée de Suisse occidentale).

«Cela me redonne espoir»

Obtenu grâce au vote compact de la majorité de gauche et au soutien de quelques députés libéraux et radicaux, ce résultat a tout particulièrement réjoui les musiciens qui avaient pris place dans la tribune réservée au public. Après l'annonce du décompte des voix, ils ont applaudi à tout rompre. «Même si on s'y attendait un peu, c'est un soulagement énorme, confiait l'un d'eux. Cela me redonne espoir pour l'avenir de ce canton.»

Le débat qui a occupé les députés pendant près de trois heures n'a pas modifié les positions entre supporters et adversaires du projet de Haute Ecole de musique (HEM). Sylvie Perrinjaquet a vainement tenté de convaincre l'hémicycle que le canton n'a pas les moyens de s'offrir une nouvelle filière de formation avec la pression imposée par le frein à l'endettement. Un argument repris par Caroline Gueissaz, rapporteuse du groupe libéral: «On ne peut pas refuser la première mesure structurelle qui nous est proposée. Nous ne sommes qu'au début de la restructuration de l'Etat. D'autres choix suivront, parfois douloureux.»

1,7 million d'économie

L'intégration du Conservatoire au domaine «Musique» de la HES-SO coûterait 2,54 millions de francs au canton de Neuchâtel. «Trop cher», estime la droite, qui privilégie le placement des 32 étudiants neuchâtelois (sur 167) dans les conservatoires de Genève ou Lausanne, déjà intégrés à la HES-SO. Coût pour le canton: 845 000 francs, soit une économie de 1,7 million de francs.

La gauche fait une autre lecture de la situation. Selon elle, l'intégration à la HES-SO constitue en elle-même «une économie structurelle», selon les termes du socialiste Jean-Nath Karakash. Et de souligner que la filière professionnelle du Conservatoire coûte actuellement 4,4 millions de francs au canton (comptes 2005), soit beaucoup plus que les 2,54 millions de l'intégration au domaine HES.

«Les comédiens reviennent»

Ces perceptions divergentes sont également apparues concernant l'impact d'une suppression de la filière professionnelle, inéluctable en cas de non-rattachement à la HES-SO. Pour Sylvie Perrinjaquet et les partis de droite, le transfert des étudiants neuchâtelois dans l'Arc lémanique ne les empêcherait pas de revenir au pays une fois leur formation terminée. «Nous n'offrons pas de formation théâtrale, mais de nombreux comédiens vivent dans la région, comme on l'a vu lors de la remise en cause des subventions allouées à la scène indépendante», a martelé la Cheffe du Département de l'éducation, de la culture et des sports.

Ancienne membre de l'exécutif de La Chaux-de-Fonds, la radicale Lise Berthet a combattu cette vision avec émotion. «On ne peut pas faire de comparaison avec le théâtre. L'ancrage de la musique est beaucoup plus aléatoire. Je suis favorable aux réformes structurelles. Mais la suppression d'une filière comme celle-ci doit être étudiée sous un autre angle que l'angle financier.»

La décision du Grand Conseil ne suffit pas à garantir l'ouverture d'une HEM à Neuchâtel. D'ici à la fin de l'année, le Conseil d'Etat déposera sa demande d'accréditation. Mais il n'est pas certain que l'Office fédéral de la formation professionnelle et de la technologie (OFFT) accepte d'entrer en matière. «On a une bonne chance, mais il ne faut pas le nier: le risque d'un échec existe», reconnaissait en aparté Christian Mermet, député socialiste et enseignant au Conservatoire.

Si ce scénario se réalise, la gauche tirera une dernière cartouche. Elle demandera au Conseil d'Etat d'étudier la possibilité de faire du conservatoire neuchâtelois une antenne d'un des deux conservatoires lémaniques. Avec des chances de succès limitées.