Pour la présidente libérale-radicale de la commission du tourisme, Marie-Claude Noth-Ecoeur, «nous sommes à quelques semaines des élections cantonales et ça change peut-être quelque chose». Pour la plupart en campagne, et par 66 voix contre 47 et 14 abstentions, les députés du Grand Conseil valaisan ont choisi d’octroyer 157 millions d’aides à fonds perdu sur dix ans aux sociétés de remontées mécaniques.

L’Etat du Valais prête régulièrement assistance aux acteurs du tourisme. Ces dernières années, il a financé 50 millions de francs de prêts sans intérêt et 100 millions de francs de cautionnements. Malgré tout, la fréquentation des pistes de ski chute, et seules quelques sociétés de remontées mécaniques sont encore rentables. Souvent, les communes participent à l’actionnariat de ces entreprises privées. Pour les parlementaires, il reste délicat de se prononcer sur une industrie qui représente 5000 emplois.

Des votes étranges

Par deux fois, les votes de la commission du tourisme se sont joués pour une seule voix. Encore favorable à cette mesure mardi dernier, elle s’y est vainement opposée ce jeudi. Alors qu’il avait lui-même proposé de supprimer les aides à fonds perdu, le groupe démocrate-chrétien du Bas-Valais a choisi de s’abstenir au moment du vote décisif. Curieusement, la moitié des députés libéraux-radicaux ont décidé d’injecter de l’argent public dans ces sociétés privées.

L’Etat n’a pas les moyens d’aider à fonds perdu

L’idée d’une loi d’encouragement aux remontées mécaniques date de 2013. Les exploitants des pistes de ski ont profité d’une commission extra-parlementaire pour y inclure des aides à fonds perdu. Par la suite, le gouvernement a tenté de supprimer cette mesure. Pour le ministre de l’économie, Jean-Michel Cina, «l’Etat n’a pas les moyens d’aider à fonds perdu» et «le Grand Conseil ne peut pas exiger un instrument qui coûte 17 millions de francs par année sans préciser où il faut prendre l’argent.»

Un cadeau aux plus riches

Près de la moitié des sociétés de remontées mécaniques valaisannes devraient bénéficier de ce cadeau. L’aide à fonds perdu sera réservée aux entreprises qui réalisent un chiffre d’affaires d’au moins deux millions de francs, et dont le bénéfice avant amortissement et impôts reste supérieur de 25% à ce chiffre d’affaires. En contrepartie, elles ne pourront pas verser de dividendes à leurs actionnaires pendant cinq ans.

La période électorale a donné le ton

Ce jeudi, plusieurs parlementaires ont laissé entendre que les aides à fonds perdu pourraient être supprimés lors du débat de deuxième lecture. Animé par des nouveaux parlement, gouvernement, et ministre de l’économie, il interviendra sans doute à l’automne prochain. Pour la vice-présidente du PDC, Marianne Maret, la période électorale «a donné le ton», et il conviendra d’analyser «plus raisonnablement» la situation.