Par mesure de précaution, Jean-Pierre Grin se tient, en ce lundi après-midi, assis dans un fauteuil, en haut du grand escalier du Palais fédéral, à l’écart de ses collègues. L’UDC vaudois fêtera ses 73 ans dans une semaine. Il est le doyen du parlement. Il est directement concerné par les mesures de protection des groupes vulnérables annoncées par l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), reprises à leur compte lundi par les bureaux des deux Chambres fédérales. Les personnes les plus exposées au coronavirus sont celles qui ont plus de 65 ans et celles qui souffrent d’une maladie chronique grave. Elles doivent veiller au grain et respecter les règles de distance et d’hygiène. Mais les bureaux des Chambres ne veulent rien imposer aux huit élus fédéraux – tous des hommes, dont Daniel Brélaz (Verts/VD) et le président du Conseil des Etats Hans Stöckli (PS/BE) – qui ont dépassé cet âge. Ils en appellent à leur responsabilité personnelle: «Les parlementaires malades sont invités à ne plus venir siéger», conseille la présidente du Conseil national, Isabelle Moret (PLR/VD). Les anciens députés n’ont en revanche plus accès au Palais fédéral.

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Jean-Pierre Grin reçoit ce message avec philosophie. «Je me désinfecte davantage les mains et j’évite les grands rassemblements, dont la plupart ont de toute manière été annulés», relève le paysan de Pomy. Il s’inquiète cependant du sort du prochain Comptoir yverdonnois, qui doit s’ouvrir le 27 mars et dont il est le responsable de la halle agricole. «S’il a lieu, je ne m’y rendrai que lorsque ce sera absolument nécessaire», confie-t-il. Une décision sur la tenue de ce grand rendez-vous du Nord vaudois doit être prise le 15 mars.

Chômage partiel en ligne de mire

Les bureaux ont refusé d’interrompre la session des Chambres fédérales, comme l’a demandé le chef du groupe UDC, Thomas Aeschi. Celui-ci aurait voulu y mettre un terme, sous prétexte que le parlement doit être en forme pour traiter des sujets aussi importants que la rente-pont, la loi sur le CO2 et les nouvelles règles de probité adressées aux multinationales. Mais ses adversaires politiques y voient une manœuvre tactique: comme l’UDC est opposée à tous ces projets, un report ne l’aurait pas dérangée. La requête de Thomas Aeschi a ainsi été rejetée par le Conseil national, par 155 voix contre 13. «Bien essayé», tweete ironiquement le Vert neuchâtelois Fabien Fivaz.

La session va ainsi se poursuivre jusqu’au 20 mars. Lundi, à l’heure des questions, le Conseil fédéral a donné quelques précisions sur ce qu’il compte faire pour combattre les effets du coronavirus. Guy Parmelin a confirmé que le chômage partiel en cas de réduction de l’horaire de travail serait l’instrument phare. Le délai de préavis pourrait être ramené de dix à trois jours. En revanche, il voit mal le délai de carence être raccourci à un seul jour. Il ne juge pas non plus nécessaire de prolonger la durée d’indemnisation de douze à dix-huit mois. «Mais toutes les options sont en cours d’analyse», ajoute-t-il. De son côté, Alain Berset relève que l’interdiction des manifestations de plus de 1000 personnes s’est révélée «efficace». Le Conseil fédéral décidera vendredi s’il prolonge cette mesure au-delà du 15 mars.