«Faillite politique», «affirmations erronées», «gestion malhonnête». Bernard Soguel a été la cible d'une avalanche de critiques acerbes, hier, lors du traitement par le Grand Conseil du rapport de la commission spéciale «Observatoire cantonal». Des attaques encore plus dures que celles qui avaient été exprimées le 30 janvier dernier lors de la création de la commission spéciale. S'adressant directement au ministre socialiste, le rapporteur UDC Pierre-Alain Storrer a résumé cette évolution par une formule lapidaire: «Je vous croyais naïf, je vous considère complice.»

Les députés ont accepté l'option longtemps contestée du Conseil d'Etat de «splitter» l'Observatoire entre l'Institut de microtechnique de l'Université (IMT) et le Centre suisse d'électronique et de microtechnique (CSEM). Un choix devenu inéluctable. «L'opportunité de rattacher l'Observatoire à l'Université n'a pas été saisie en 2004, a regretté le rapporteur libéral Jean-Frédéric de Montmollin. Aujourd'hui, il est difficile de revenir en arrière. Cela entraînerait une vingtaine de licenciements, la perte de mandats et des difficultés avec le CSEM.»

Le débat s'est concentré sur les zones d'ombre qui subsistent après les huit séances de commission. Avec des critiques réitérées concernant la gestion financière de l'institution et les conflits personnels qui ont miné son fonctionnement. Le tout dans un climat très émotionnel à la mesure du statut de l'Observatoire dans le canton. Fondé en 1858, il incarne les succès de l'horlogerie et de la microtechnique, domaines clés en matière de développement économique.

Déjà électrique, le climat est devenu explosif avec l'évocation d'un courrier envoyé ces derniers jours à plusieurs députés par Giovanni Busca, directeur de l'Observatoire de 1988 à 2001. Sur plusieurs pages, le scientifique détaille l'évolution des finances de l'Observatoire afin de corriger «les affirmations erronées» qui apparaissent à ce propos dans le rapport de la commission.

Non, écrit Giovanni Busca, ce n'est pas lui qui est à l'origine de la «situation financière critique» de l'Observatoire. Au contraire. En 2001, la situation était même «la meilleure» depuis son entrée en fonction. Il regrette donc qu'on tente de lui «faire porter le chapeau» d'une dégradation financière «dont il n'a jamais été responsable».

Détail gênant: les informations incriminées proviennent en droite ligne du Département de l'économie. Pour Pierre-Alain Storrer, c'est clair: Bernard Soguel «a menti à la commission» pour faire croire que l'ancienne direction est responsable des problèmes financiers de l'institution.

Malgré la brutalité de la charge, le ministre socialiste a cherché à calmer le jeu. Il a donné un grand nombre de chiffres, assurant que la situation a toujours été «maîtrisée et contrôlée». Sans réussir à convaincre. La droite, soutenue par les Verts, a réussi à imposer que la commission spéciale - reconduite au vu des nombreuses questions encore ouvertes - dispose de pouvoirs élargis. Une initiative condamnée par le Parti socialiste, qui voit là la mise en place «par la petite porte» d'une commission d'enquête parlementaire. De quoi jeter le doute sur l'Observatoire et, par ricochet, sur Bernard Soguel.