Renversement de situation en Thurgovie: le parlement décide de maintenir les cours de français à l'école primaire. On s’attendait à un résultat serré, mercredi matin. Après avoir dit oui par 64 voix contre 53, il y a un mois, au projet de loi visant à repousser l’enseignement du français à l’école secondaire, le parlement a fait volte-face en seconde lecture. Par 62 voix contre 60, il vote pour le maintient du statu quo. Le français continuera à être enseigné dès la 5e année primaire et l'anglais en 3e.

Le premier vote: La Thurgovie abandonne le français à l’école primaire

Les élus ont semble-t-il été convaincus par les mesures annoncées par Monika Knill, ministre UDC en charge du dossier de l’enseignement dans le canton, pour améliorer l’apprentissage du français: des classes réduites pour un meilleur apprentissage, ou dispenses facilitées pour les élèves en difficulté. Autre élément qui a pesé dans la balance: le 21 mai, le peuple du grand canton voisin de Zurich s'est clairement prononcé pour le maintient de deux langues à l'école primaire.

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Un débat toujours vif

Le débat n’en a pas été moins vif entre détracteurs du «Frühfranzösisch» et partisans du statu quo, mercredi matin. Les élus étaient divisés jusque dans le groupe UDC, opposé à l’apprentissage du français au primaire: au moins six députés ont voté contre l’avis du parti. «A titre personnel je suis partagé, souligne le président du groupe Stefan Tobler. Ce n’est pas une immense déception. Avec ce résultat, les problèmes pour le canton sont certainement un peu réduits.» Il estime que la pression médiatique, au niveau national, a changé la donne dans la décision des élus thurgoviens.

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«Grand besoin d’agir»

Co-auteur de la proposition de loi, Urs Schrepfer (UDC) accepte quant à lui la défaite, tout en restant critique à l'égard de l'exécutif: «Il faut malheureusement exercer une pression immense pour faire bouger les responsables de la politique d'enseignement. Autrement, ils ne se seraient jamais rendu compte des failles du système éducatif dans ce canton.»

Au cours des débats, l’UDC Hanspeter Gantenbein a souligné le «grand besoin d’agir» pour améliorer les compétences des élèves en allemand, tout en rappelant que d’autres cantons, comme Uri et Appenzell Rhodes-Intérieur, n’enseignent le français qu’au niveau secondaire depuis des années déjà. Les avocats du français au primaire, de leur côté, ont mis en avant les atouts d’un apprentissage des langues au plus jeune âge, démontrés selon eux par des études scientifiques. «Prenons acte de l’avis des enseignants et sauvegardons le français», a dit le centriste Ueli Fisch du groupe Vert’libéraux/PBD.

Opposés dans un premier temps, une majorité d’enseignants s’est finalement déclarée favorable au français précoce. De quoi faire vaciller les certitudes, au parlement. Anne Varenne, présidente de l’association cantonale des enseignants, se montre soulagée. Elle voit toutefois des défis à venir: «Reste à savoir comment ces mesures seront financées à l’avenir. Pour des communes à bas revenu fiscal, assumer des leçons par demi-classes représentera un vrai défi.» 

L'avis des milieux économiques, favorables au maintient du français au primaire, a également joué en faveur du statu quo. Le groupe PLR a voté deux fois en bloc pour le «frühfranzösisch». La Chambre de l'industrie et du commerce du canton s'était également prononcée pour l'apprentissage précoce d'une seconde langue nationale. Son président, Peter Maag, se dit satisfait du résultat. En réponse aux craintes des enseignants au sujet du financement des mesures pour améliorer l'enseignement, il suggère d'«économiser en intensifiant les synergies entre petites communes».

Bon signe

Pas de commentaire auprès de l'office du ministre de l'intérieur Alain Berset (PS). Au nom de la cohésion nationale, le conseiller fédéral avait menacé d'intervenir via une législation fédérale, si les cantons ne respectaient pas le compromis de 2004 sur les langues, voulant qu'au moins deux idiomes nationaux soient enseignés au primaire. Malgré le vote serré, on peut considérer ce résultat comme un succès pour le Fribourgeois.

Du côté de la Conférence des directeurs cantonaux de l'instruction publique (CDIP), on se réjouit: «Ce résultat montre que nous nous trouvons sur le bon chemin», dit sa présidente Silvia Steiner (PDC/ZH). A ses yeux, ce résultat est aussi un bon signe pour la Suisse romande et le plurilinguisme. Mais la Zurichoise reste vigilante, dans la perpective des prochains scrutins aux Grisons et à Lucerne: «La discussion n'est pas terminée», conclut-elle. En Thurgovie, un vote final sur la nouvelle loi scolaire aura lieu le 28 juin.