Le Temps: Quelle est votre appréciation de la révision telle qu’elle a été votée par le parlement?

Pierre Maudet : En décembre, on a assisté à une tentative de forcing de la part de certains conseillers nationaux qui espéraient que le Conseil des Etats corrigerait leurs excès. C’est peut-être une saine utilisation du bicaméralisme, mais c’est quand même problématique, dans la mesure où le parlement doit défendre les intérêts de la population. Le projet a été corrigé, mais il pose encore une série de problèmes, de sorte que je n’ai aucun doute sur la capacité des opposants à recueillir les signatures nécessaires pour le référendum. Et la votation populaire aura lieu dans un climat qui sera déjà marqué par la campagne des élections fédérales.

– Vous avez donc le sentiment que le parlement n’a pas tiré les leçons du vote sur le deuxième pilier?

– C’est exactement cela. Le vote sur la prévoyance professionnelle devait inciter le parlement à trouver un compromis acceptable. Cela n’a pas été le cas. Et j’ai le sentiment qu’il y a eu des marchandages en coulisses pour qu’il en soit ainsi, ce qui ne me paraît pas être une bonne façon de faire de la politique.

– Le projet oblige les jeunes à accepter un travail convenable indépendamment de leur formation. Est-ce cela qui vous dérange le plus?

– Oui. J’aurais préféré qu’on fasse une sorte d’assurance chômage bis contenant des incitations à la formation plutôt que des mesures de ce genre. J’ajoute que la décision de ne verser que 200 indemnités journalières aux jeunes de moins de 25 sans charge de famille pose un problème d’égalité de traitement. Les jeunes de cet âge qui ont versé des cotisations n’auront pas droit aux mêmes indemnités que leurs aînés et seront ainsi discriminés.

– Quelle sera la position de la CFEJ dans le cadre du référendum?

– Nos positions sont connues. Nous avons tenté de faire passer notre message, notamment après le vote sur la LPP. Nous avons dit que l’approche de bancomat, qui consiste à vouloir renflouer à tout prix la dette de l’assurance, était mauvaise, car elle risque de créer une nouvelle dette, plus profonde et plus longue par le fait qu’on envoie davantage de chômeurs vers l’aide sociale, qui est de la compétence des cantons et des villes. Mais nous ne sommes qu’un organe qui conseille les autorités, et n’allons pas nous engager dans le cadre du référendum, ce n’est pas notre rôle.