Oskar Freysinger n’est pas présent dans la salle. Pourtant, le parlement ne parle que de lui. Pour dénoncer une circulaire invitant les Français de Suisse à refuser l’initiative pour le renvoi des criminels étrangers, le conseiller d'Etat avait écrit au président de la République. La lettre portait l'en-tête du gouvernement, mais ses membres n'en avaient pas été informés. La gauche et une partie des démocrates chrétiens lui reprochent d’avoir «violé la constitution», et «rompu la collégialité».

Oskar Freysinger instrumentalise sa fonction au profit de son parti.

En mars dernier, le ministre de la Formation et de la sécurité a annoncé son intention de briguer à nouveau la vice-présidence de l’UDC suisse. Pour le porte-parole de l’alliance de gauche, le conseiller d’État «instrumentalise sa fonction au profit de son parti et au mépris des institutions». Pour un avocat démocrate chrétien, «les magistrats doivent consacrer tout leur temps à leur fonction». Tous deux ont déposé des motions parlementaires qui espéraient modifier la loi sur les incompatibilités. Elles visaient à interdire aux ministres d’assumer les fonctions de vice-président ou de président d’un parti national ou cantonal.

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Le gouvernement juge les deux fonctions compatibles

Pour plusieurs élus de l’UDC, ces propositions violaient la liberté d’expression et la liberté d’association. Au nom des libertés fondamentales, ils ont accusé les motionnaires de vouloir «museler un citoyen qui n’a pas été élu pour se taire». Oskar Freysinger lui, s’était déjà exprimé dans la presse, traitant ses adversaires de «gamins de talus», et promettant de combattre une éventuelle modification de la loi devant la justice, «jusqu’au Tribunal fédéral».

Le peuple peut attendre de ses magistrats de la mesure et de la rigueur.

Seuls 46 et 47 parlementaires ont finalement accepté les deux motions, refusées respectivement par 64 et 61 élus. Les voix des libéraux radicaux et des démocrates chrétiens se sont partagées, pendant que la gauche et l’UDC votaient en bloc. Le gouvernement s’est opposé aux deux projets. Selon son président Jacques Melly, la lettre d’Oskar Feysinger à François Hollande ne relevait pas de la loi sur les incompatibilités, mais du règlement du Conseil d’État. En expliquant que la dernière séance du gouvernement avait permis de «clarifier quelques principes», il a rappelé que «le peuple peut attendre de ses magistrats de la mesure et de la rigueur».