Etrange spectacle au Grand Conseil vaudois. Le radical Charles Favre, ministre des Finances, et la socialiste Francine Jeanprêtre, cheffe de l'Instruction publique, se succèdent au micro. Pour dire exactement le contraire l'un de l'autre. Le premier, dont c'est le dernier budget, défend devant les députés la mesure d'économie qui vise à allonger l'horaire de travail de certains enseignants. La seconde s'y oppose résolument. «Belle preuve d'ouverture pour un gouvernement accusé de brimer sa minorité», fait valoir Charles Favre. A vrai dire, un gouvernement vaudois en fin de course a abandonné toute prétention à parler d'une seule voix, face à une cause perdue d'avance.

Entre les deux discours, conformément aux prévisions, les députés vont suivre celui de Francine Jeanprêtre. A une très large majorité, par 89 voix contre 44 et 15 abstentions, ils refusent de toucher aux horaires de travail des enseignants. Sous la présidence très profilée du radical Pascal Broulis, lui-même candidat au Conseil d'Etat, la commission des finances a profité du débat budgétaire pour jouer à fond le rôle du parlement adressant ses remontrances au Conseil d'Etat.

«Pas comme ça»

Avec ce vote, le Grand Conseil a renoncé à la seule mesure structurelle du budget limitant les dépenses. Se basant sur des comparaisons intercantonales, le gouvernement – enfin, sa majorité – proposait de porter l'horaire de travail des maîtres secondaires licenciés de 25 à 28 périodes hebdomadaires, en trois ans, et celui des maîtres de gymnase de 22 à 23 périodes. Il en aurait résulté pour l'Etat une économie pérenne de 11 millions de francs (2,5 millions au budget 2002). «Cela fait dix ans qu'on en parle, il est temps d'appliquer cette mesure», a plaidé le patron des finances.

«Pas maintenant et pas comme ça», a rétorqué en substance le parlement, une réponse classique chez lui lorsqu'il s'agit de faire des économies. Les députés ont dit non à une mesure non négociée qui risquait, pour un effet budgétaire limité, de faire beaucoup de dégâts: les syndicats d'enseignants avaient annoncé leur détermination à en faire un casus belli. Profondément résignés face à leur impuissance à redresser les finances cantonales, les députés ont manifesté à plusieurs reprises à propos du budget 2002 leur grogne contre les mesures d'économie frappant les acteurs du terrain. Et de désigner d'un doigt accusateur le «gonflement» des états-majors de l'administration. Mercredi, ils ont aussi rétabli dans le budget 800 000 francs pour les cours facultatifs au gymnase, que le Conseil d'Etat voulait supprimer. La veille, les députés avaient biffé deux postes et demi dans l'état-major de Claude Ruey. La semaine prochaine, ils s'en prendront probablement aux lignes budgétaires relatives aux mandats de consultants.

Charles Favre a promis aux députés des lendemains qui déchantent. «Cela va secouer dans les prochains mois», a-t-il rétorqué, se référant au contexte national et mondial, à ceux qui lui reprochent d'avoir attenté par son action à la quiétude des Vaudois.