Oskar Freysinger commence son mandat de conseiller d’Etat avec fracas. Un style très médiatisé, entre effets de manche et polémiques. Consensuel sur la forme, mais pas sur le fond.

Sa dernière apparition télévisée a provoqué un tollé dans le milieu enseignant et dans la plupart des partis politiques. Le 23 mai, il déclare à la RTS qu’accepter des enfants sans papiers dans les écoles n’est pas une bonne pratique et qu’une direction d’école ayant connaissance d’un tel cas devrait en informer l’Etat. Avant d’affirmer n’avoir jamais dit ça.

Au Grand Conseil, Oskar Freysinger formule des doubles mes­sages. Il défend formellement le point de vue du Conseil d’Etat sur certains thèmes mais précise ensuite au parlement qu’en tant que conseiller national, il prône l’inverse, jouant avec les limites de la collégialité.

La semaine dernière, il a envoyé un courrier à tous les enseignants du canton pour leur signifier l’abrogation «avec effet immédiat de la directive intitulée «Cadre re­latif aux semaines précédant ou suivant l’année scolaire», précisant qu’il ferait de même avec tous les règlements dont la plus-value n’est pas avérée. Le style est ferme, et souligne la volonté et le message du nouveau conseiller d’Etat en faveur des enseignant s. Mais l’abrogation de ce cadre n’a en réalité pas d’effet concret sur les obligations des enseignants. «Ces explications précisaient le cadre d’application d’un article qui est entré en force dans la loi sur le traitement des enseignants», explique l’ancien chef du département, Claude Roch. «Ce courrier ne sert à rien si ce n’est à mettre les enseignants dans sa poche. Ces derniers manquent d’informations et les associations devront mieux communiquer à ce sujet», estime Didier Jacquier, président de la Société pédagogique valaisanne (SPVAL).

Malgré sa nouvelle fonction, Oskar Freysinger continue à exprimer ses prises de position personnelles sur divers sujets par le biais des réseaux sociaux ou même d’une tribune dans Le Nouvelliste de lundi. Dans cette dernière, il accuse le «système politico-économico-médiatique» de détruire son image dans les médias. «Même si les attaques vont se poursuivre sans discontinuer et s’amplifier, je ne suis pas homme à céder face à la ma­nipulation et aux mensonges», écrit-il.

Malgré tout, le conseiller national PDC Yannick Buttet estime qu’Oskar Freysinger est en état de grâce en Valais. «Il peut dire et faire ce qu’il veut, ça n’a pas de conséquence, et c’est encore plus fort dans le Haut-Valais.» Pour lui, comme pour plusieurs autres observateurs, le ministre n’a pas encore trouvé son costume. Tenu à la collégialité, moins médiatisé que dans son rôle de parlementaire, et dont le pouvoir est encadré par les lois, le parlement et le gouvernement. «Perdre le contact avec la presse lui occasionne un problème d’ego», estime Yannick Buttet.

«L’UDC a une pratique: être toujours très visible. Ces coups d’éclat lui sont nécessaires pour marquer sa différence avec les autres partis bourgeois, analyse René Knüsel, politologue à l’Université de Lausanne. En même temps, Oskar Freysinger doit convaincre au-delà de l’électorat UDC et, cela, il ne peut le faire que sur des touches emblématiques.» Par exemple avec le «plan Gitans», qui permettra d’évacuer les gens du voyage s’ils s’installaient sur un terrain privé sans autorisation, ou avec l’interdiction du port du voile intégral adoptée par le parlement. Avec les réformes scolaires aussi, terrain très émotionnel dans un canton plutôt conservateur.

Face à Oskar Freysinger, l’opposition prend ses marques et s’organise. Le PLR a visiblement choisi cette voie, au Grand Conseil en tout cas. Le PS et les Verts semblent se préparer à réagir quand le conseiller d’Etat franchira à leurs yeux la ligne. Avec sans doute pour conséquence des fronts plus marqués et des partis plus profilés.

«Ces coups d’éclat sont nécessaires pour marquer sa différence avec les autres partis bourgeois»