Certains se posent en stars de la manchette, d'autres s'invitent à la une, quelques-uns décrochent le premier rôle de la rubrique suisse, beaucoup se contentent de jouer les figurants pour la der ou les colonnes satiriques. Eloignés de leur base, tant par la distance que par le fédéralisme des dossiers, les parlementaires à Berne doivent communiquer pour exister aux yeux de leur électorat. Les médias sont leurs principaux porte-voix, mais tous les élus n'en usent pas dans la même mesure pour rendre compte de leur travail sous la Coupole. Entre les stratèges de l'image publique et les puristes de la politique confidentielle, l'importance à donner à la communication provoque le débat.

«Dans un monde de plus en plus médiatisé, la démocratie d'apparence a pris le dessus. Certains politiciens pensent qu'ils ne peuvent exister qu'en faisant la une des journaux.» Cette déclaration alambiquée ne sort pas de la bouche d'un politologue, mais de celle de Claude Frey, retraité radical du parlement. De «son temps», les hyperactifs de la communication existaient déjà, mais le Neuchâtelois observe que le phénomène se généralise. Pourtant, pas question de porter un jugement sur cette tendance. «Les parlementaires actuels ne sont pas plus mauvais que nous l'avons été, même si certains brassent de l'air», ironise-t-il.

«J'ai le rapport humain facile»

Et ce ne sont pas les «stars politico-médiatiques» romandes qui démentiront. Habitué des plateaux de télévision et des studios de radio comme des journaux, le PDC valaisan Christophe Darbellay assume pleinement son outrancière exposition médiatique. «On me reproche d'avoir un avis sur tout et de le donner, mais ce n'est pas moi qui klaxonne pour me faire entendre. On vient me chercher», dit-il comme pour se défendre d'en faire trop. Le jeune conseiller national l'avoue pourtant, il sait comment trouver une oreille attentive auprès des médias en définissant préalablement quel sujet les intéressera ou non, selon leur ligne rédactionnelle ou leur provenance. Un petit «truc» de fin stratège que beaucoup de politiciens connaissent.

Spécialiste des coups d'éclat en série, le Jurassien Pierre Kohler avoue un paradoxal dilettantisme en matière de communication. «Je n'ai pas de stratégie, mais j'ai le rapport humain facile», estime-t-il. Pour apparaître sur la scène médiatique, le conseiller national PDC n'a pas de recette, si ce n'est sa spontanéité. «Si je suis en train de photocopier une intervention et qu'un journaliste passe par-là, je la lui remets». Encore faut-il en déposer, des interventions, avant d'en parler ou d'en faire parler. Christophe Darbellay et son collègue de parti jurassien ont compris comment exister sous la Coupole et font usage de leur bon droit plus qu'à leur tour. Depuis leur entrée en fonction en octobre 2003, Pierre Kohler a déposé 34 interventions auprès du parlement et Christophe Darbellay, 26. Un chiffre qui en dit long lorsque l'on sait que son oncle Vital, qui a passé seize ans au Conseil national, ne s'est fait l'auteur que de 18 interventions personnelles durant sa longue carrière.

Les méthodes, jugées cavalières, de certains députés vis-à-vis des médias ne plaisent pas à tout le monde. Pour les nostalgiques de la droiture politique, la communication doit faire partie du travail des élus, mais sans le concurrencer ou en prendre le dessus. «Vieux loup» de la scène fédérale, le démocrate-chrétien Simon Epiney a un avis bien tranché sur la question. Selon lui, les politiciens doivent davantage exister par leur présence sur les dossiers qu'ils défendent que dans le nombre d'interventions ou la publicité qu'ils en font.

Pour certains élus, la communication se pratique encore dans la souffrance. Les nouveaux parlementaires peinent parfois à approcher les médias pour rendre compte de leur travail. «Lorsque l'on arrive à Berne, il y a une certaine pudeur à aller vers les journalistes qu'on ne connaît pas pour leur dire voilà ce que j'ai fait», raconte le socialiste genevois Carlo Sommaruga. Son collègue de parti, le conseiller aux Etats Alain Berset, se laisse, lui aussi, le temps de parfaire sa stratégie de communication. «J'aborde tout cela comme un coureur de fond et pas comme un sprinter. La crédibilité, il faut d'abord la gagner auprès de ses pairs.»

Difficile de sortir de l'ombre

L'exercice s'avère également douloureux pour certains politiciens expérimentés. La Fribourgeoise Thérèse Meyer a parfois fait les frais d'une communication trop en retrait. «On m'a souvent piqué des idées», explique la démocrate-chrétienne, qui n'approche les journalistes que sur la pointe des pieds pour revendiquer la maternité de certaines propositions. Une méthode peut-être payante, puisque c'est grâce à son travail de fond et à sa discrétion que la conseillère nationale a gagné un statut d'experte en assurances sociales auprès des médias. Pour Liliane Maury Pasquier (PS/GE), l'exercice médiatique est également difficile, tout particulièrement après son année de gloire au perchoir du National. «C'est dur aujourd'hui de trouver un écho dans la presse, lorsqu'on n'est pas sur des dossiers d'actualité ou dans des commissions influentes. Il faut pourtant toujours montrer qu'on est là», explique-t-elle.

Le problème s'est également posé pour le démocrate-chrétien Maurice Chevrier. Dans l'ombre de plusieurs «bêtes de scène» de son parti lors de la précédente législature, le timide Valaisan est à présent en train de faire sa révolution médiatique. Depuis peu il est, par exemple, le Monsieur anti-pacs de Suisse romande. «J'ai eu en une année une meilleure couverture médiatique que durant quatre ans», constate-t-il. Son explication: une phase nécessaire d'apprentissage durant laquelle il est resté discret et des dossiers qui ont soudainement collé à l'actualité. Un concours de circonstances patiemment attendu, mais que beaucoup n'hésitent pas à provoquer.