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Parmelin ou le triomphe de la mollesse

En élisant le Vaudois, le parlement a une nouvelle fois retenu le candidat le plus malléable, pas le plus compétent. Guy Parmelin a désormais un impératif: celui de «décevoir en bien»

Incorrigible parlement suisse. En élisant Guy Parmelin au Conseil fédéral, il a fait le choix du candidat UDC le plus consensuel, le plus lisse, le moins dérangeant. Le Vaudois s’est imposé par sa bonhomie, son humanité, mais surtout par l’idée qu’il serait facilement digéré par le système bernois.

L’adage qui circulait mardi soir autour du Palais fédéral s’est ainsi vérifié: la gauche et le centre ont décidé cette élection. Et ces deux forces ont élu le candidat perçu comme le moins menaçant, au détriment de la droite des affaires et libérale, tendance Blocher, qu’incarne Thomas Aeschi.

La compétence au second plan

Ce profil inoffensif, voire mou, s’impose souvent lors d’élections au gouvernement. En 2011, le pâle Johann Schneider-Ammann avait été préféré à la percutante Karin Keller-Sutter. La gauche ne voulait pas faire au Parti libéral-radical le cadeau d’une ministre trop brillante. On a élu délibérément un candidat moins bon, sur la base de calculs politiciens.

Quatre ans plus tard, la compétence et la puissance intellectuelle sont encore une fois passées au second plan, même si Thomas Aeschi était loin d’avoir le charisme de Karin Keller-Sutter.

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C’est pourtant une tâche redoutable que celle qui attend le nouveau conseiller fédéral. Tout indique que les quatre prochaines années seront plus difficiles pour la Suisse que la législature qui s’achève. Son leitmotiv avait été la maîtrise d’une croissance presque excessive – ce que le Conseil fédéral sortant a d’ailleurs peu fait. Les initiatives visant à juguler les résidences secondaires ou l’immigration lui ont été imposées, de même que l’abrupt coup de frein monétaire décidé il y a bientôt un an par la Banque nationale.

Impulser un nouveau cycle de réformes

A l'avenir, il va falloir affronter des temps plus agités. Ils font déjà sentir leurs effets: les finances publiques se dégradent, surtout au niveau communal et cantonal. Le chômage augmente, des usines ferment. A plus long terme, le financement des retraites inquiète. Les milieux économiques réclament un nouveau cycle de réformes (fiscalité, marché du travail) pour assurer la compétitivité du pays, après la mort du secret bancaire et la fin des privilèges fiscaux des multinationales.

Il faut y ajouter un agenda plus progressiste, mais tout aussi nécessaire, pour assurer la transition énergétique, pour rendre la politique agricole moins chère et moins polluante. Le modèle suisse, si performant ces dernières années, doit se remettre en question pour s’adapter aux nouvelles réalités. Le meilleur élève de la classe européenne ne le restera que s’il travaille constamment à s’améliorer.

Candidat par défaut

C’est à l’aune de ces défis que le nouvel élu sera évalué. On souhaiterait qu’il ait des impulsions visionnaires – pour adapter, par exemple, la machine administrative fédérale à la civilisation numérique. Qu’il ait aussi une lecture très fine des rapports de force européens. Les secousses qui fragilisent la construction européenne ont des répercussions directes, potentiellement menaçantes pour la Suisse. Les anticiper, les atténuer si possible, sont des missions centrales du nouveau Conseil fédéral.

C’est peu dire que Guy Parmelin ne semble pas, de prime abord, particulièrement taillé pour affronter ces grands enjeux, à l’exception de la réforme des assurances sociales, dossier qu’il maîtrise bien. Mais le fait qu’on attende peu de lui est aussi sa chance: il a l’occasion de «décevoir en bien», comme le dit l’adage de son canton. La formule sied parfaitement à cet élu par défaut – à lui, désormais, de prouver qu’il a l’étoffe d’un vrai conseiller fédéral.

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