Face aux refusés d'Emmen et dans une touchante unanimité, Genève se piquait il y a peu de vouloir donner leçons et passeports suisses. Mais la défense des principes s'arrête toujours là où commence l'intérêt. Et lorsqu'il s'agit de ses propres étrangers, Genève, tout occupée à gérer ses dettes, n'hésite pas à les réduire à l'épaisseur de leur portefeuille.

L'abandon de cette pratique – qui se situe quelque part entre l'inélégance et le racket – aura nécessité des mois de circonlocutions parlementaires. Pour ce faire, le consensus prêt à montrer l'exemple à la Suisse entière a cédé la place à une boiteuse majorité de circonstance.

Peu importe finalement la forme. Genève, dont la moitié de la population active - celle qui produit les richesses nécessaires à une société - est étrangère, saura enfin se montrer, sur ce point, à la hauteur de sa réputation internationale. Elle aura désormais compris que sa citoyenneté a trop de valeur pour la réduire à une taxe, fût-elle la plus exhorbitante possible. Et que ceux qu'elle convertira à sa nationalité lui rapporteront, d'une autre manière, infiniment plus que ces encaissements d'un autre âge.