L'accueil et la tranquillité des montagnes valaisannes ne sont plus qu'un vieux souvenir pour certains hommes d'affaires russes. Et ce depuis que le Ministère public de la Confédération a décidé de s'intéresser de plus près à l'argent investi dans des sociétés locales ou dans l'achat de chalets. Les frères K., établis à Anzère et œuvrant dans le transport routier, ont ainsi été arrêtés le 8 juin dernier et inculpés de blanchiment. Selon les informations recueillies par Le Temps, ces derniers sont soupçonnés d'avoir participé à l'augmentation de capital de la société des remontées mécaniques de la station à l'aide de fonds détournés lors de la construction de l'autoroute de contournement de Moscou. Les intéressés, toujours incarcérés à la prison de Sion, contestent les faits.

Détournement à Moscou

Cette affaire prend son origine dans une demande d'entraide adressée par la Russie et traitée par la justice genevoise. Cette requête visait à connaître l'état des comptes d'un certain Oleg Homenko, directeur général de la société qui avait obtenu le chantier de l'autoroute circulaire de Moscou, dit le MKAD. Ce dernier est suspecté d'avoir surfacturé les travaux et touché quelque 20 millions de dollars de deniers publics.

L'argent a pris le chemin d'une banque de Genève vers le milieu des années 90 avant d'être ventilé sur différents comptes, dont apparemment celui d'une société appartenant à l'un des frères K. Début 2004, les documents ont été transmis aux autorités russes. Aucun jugement ne semble pour l'heure avoir été rendu sur place dans cette affaire, et son principal acteur est en liberté.

Investissement surprenant

Parallèlement à cette procédure, une augmentation de capital a intrigué la police fédérale. Quelque 2 millions de francs ont été investis par des Russes dans la société anonyme des remontées mécaniques – devenue plus tard TéléAnzère. Une affaire qui à première vue n'avait rien de très prometteur sur le plan financier. La station, située sur la commune d'Ayent, dispose en tout de 11 installations (1 télécabine, 2 télésièges et 8 téléskis) pour 40 km de pistes. Peu rentable, cette participation pouvait par contre permettre aux frères K. d'injecter de l'argent dans des activités légales tout en s'attirant les faveurs d'une administration plus prompte à délivrer une autorisation de séjour à de tels bienfaiteurs.

Enquête suisse

L'enquête, ouverte par le procureur fédéral Christian Coquoz, permet de faire le lien entre cet apport de fonds et le dossier de l'autoroute. En novembre dernier, les frères K. sont interrogés une première fois. En juin, ils sont inculpés et placés en détention préventive. On leur reproche également d'avoir acquis il y a dix ans un chalet, d'une valeur de quelque 600 000 francs, à l'aide de l'argent ayant transité par le compte du fameux Homenko. Les investigations se poursuivent avec les auditions de témoins: banquiers, employés, notables, personnes impliquées dans les négociations immobilières. Une commission rogatoire a également été adressée à la Russie afin de pouvoir consulter le dossier du MKAD. Il s'agit essentiellement pour le Ministère public fédéral d'éclaircir les liens personnels susceptibles d'unir Oleg Homenko aux frères K., et d'expliquer pourquoi leurs chemins se sont croisés à travers ce compte en banque.

Deux recours

Défendus par Mes Christian Favre et Paolo Castiglioni, les prévenus contestent toute manœuvre de blanchiment et assurent que ces fonds proviennent de leurs propres affaires, qu'ils ont vendues en Russie avant de venir s'installer l'un après l'autre en Suisse. A la tête d'une société de transport, les deux hommes sont au bénéfice d'un permis B et résident à Anzère avec leur famille. Une demande de mise en liberté a été refusée par le Ministère public de la Confédération, qui invoque le danger de fuite et le risque de collusion. Un recours vient d'être déposé devant la Cour des plaintes du Tribunal fédéral contre cette décision. «Nos clients ont été entendus une première fois il y a sept mois. Si telle était leur intention, ils auraient déjà eu tout le temps de s'enfuir ou d'accorder leurs violons», précise Me Castiglioni. De son côté, Me Favre ajoute que la défense n'a pas accès au dossier. Un autre recours a d'ailleurs été interjeté contre cette absence de transparence qui caractérise la procédure pénale fédérale.