«Ce drame n’a rien d’un accident, ni d’une fatalité. Il s’agit d’une agression sauvage et gratuite qui causera la mort d’un homme après une longue agonie.» Contre l’auteur de ce déferlement de violence, le videur du Rooftop 42 «qui savait que ses poings étaient comme des armes», et qui a ainsi envisagé et accepté le risque de tuer, la procureure Judith Levy Owczarczak a requis ce mardi une peine privative de liberté de dix ans. Soit le maximum que peut infliger le Tribunal correctionnel de Genève.

Aux yeux du Ministère public, Didier, de son prénom fictif, n’avait aucune raison de s’en prendre aussi brutalement au client de ce bar branché du centre-ville. La direction de l’établissement n’avait d’ailleurs pas davantage de motif valable pour décider de cette expulsion. Un banal accrochage entre deux tables, rien qui n’ait alarmé les témoins présents ce funeste soir du 25 septembre 2015.

Aucune chance de s’en sortir

Filmées par différentes caméras de surveillances, les images montrent un client poussé dans l’ascenseur, puis poussé dehors, acculé contre une paroi et frappé alors qu’il essayait de partir. Selon la procureure, le videur, ancien champion du monde de full-contact, a donné un coup de tête, deux crochets du gauche, encore un coup de poing dans le ventre et a enfin mis sa main sur l’épaule de la victime pour le tirer en arrière. Le malheureux, KO debout, s’est fracassé la tête contre le sol en marbre, dans un bruit assourdissant.

Tous les éléments sont réunis, ajoute le parquet, pour conclure au meurtre par dol éventuel. Celui où l’auteur, même s’il ne souhaite pas l’issue fatale, l’envisage et l’accepte pour le cas où elle se produirait. Dans cette affaire, le prévenu, vexé par les insultes de ce client qui ne comprenait pas la situation, a voulu aller à la confrontation. Il a écarté ses collègues qui avaient déjà maîtrisé la victime pour taper. «Il a visé la tête et il sait que sa frappe est lourde.»

Une légende des combats

Malgré son âge, 58 ans à l’époque, et ses prothèses de hanche, le videur s’entraînait encore régulièrement et n’avait rien perdu de la technique qui avait fait de lui une légende des sports de combat. En tant qu’agent de sécurité, il se devait de sortir les clients sans violence inutile, ajoute la procureure. Une précédente condamnation pour avoir frappé une autre personne et plusieurs incidents révèle une personnalité peu capable de se maîtriser et peu portée sur l’introspection. «Il n’apprend pas de ses erreurs et ne manifeste aucune prise de conscience», relève le Ministère public.

Pour sanctionner cette rafale de coups qui a tué un père de famille, après un coma prolongé dans d’atroces souffrances, et anéanti ses proches, Judith Lévy Owczarczak a demandé une lourde peine de dix ans. «Ce déferlement de violence était gratuit et cela rend ce drame encore plus insupportable.» Les parties plaignantes et la défense plaideront cet après-midi.

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