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Olivier Jornot.
© MARTIAL TREZZINI

Justice

Le parquet genevois s'empare des «Panama Papers»

Des enquêtes sont ouvertes pour procéder à des vérifications en relation avec certaines révélations de la presse. L'avocat Marc Bonnant se dit serein et prêt à remettre ses dossiers au Ministère public 

C'était prévisible. La déferlante des «Panama Papers» attise la curiosité du Ministère public genevois. Questionné à ce sujet lors d'une conférence de presse consacrée au bilan annuel du pouvoir judiciaire, le procureur général Olivier Jornot a déclaré «se montrer très attentif à toutes les informations publiées ces derniers jours et avoir d'ores et déjà décidé l'ouverture de certaines procédures». 

Des investigations encore larges

Les révélations, issues de données soutirées au cabinet d'avocats Mossack Fonseca, défraient la chronique mondiale depuis dimanche soir. Le parquet a décidé de lancer les enquêtes ce mercredi aux environs de 13h30, le jour où des avocats genevois faisaient précisément la Une des médias partenaires du consortium international des journalistes d'investigation. Des avocats, dont le célèbre Marc Bonnant, mis en cause pour une pratique intensive de l'offshore et une clientèle particulièrement exposée au risque criminel.

Les procédures, lancées de manière dite spontanée, et qui seront conduites par la section des affaires complexes, ont nécessité l'approbation du procureur général. Olivier Jornot précise qu'il s'agit en l'état de «procéder à des vérifications dans une liste de cas». Le patron du Ministère public n'en dira pas davantage sur les contours de ces enquêtes encore générales qui visent notamment à savoir si des banques, des intermédiaires financiers ou des fiduciaires ont joué un rôle particulier dans des montages suspects.

La réaction de Marc Bonnant

Réagissant à cette annonce, Marc Bonnant se montre serein. «Mes dossiers sont à disposition du Ministère public si celui-ci les veut». Il ajoute: «Le procureur général a raison d'ouvrir des enquêtes, il fait son devoir et donne des gages à l'opinion publique.» Pour Me Bonnant, la question de «l'impureté des sources» devrait toutefois susciter une réflexion. «La justice ne se définit pas seulement par les buts qu'elle poursuit mais aussi par les moyens qu'elle met en oeuvre».

En réaction aux soupçons véhiculés, Me Bonnant souligne avoir toujours été contrôlé par l'autorité de surveillance et avoir obtenu «des notes d'excellence». Se défendant d'avoir concouru au moindre acte de blanchiment, l'avocat assure avoir également pris le pli de la pureté fiscale. «Je ne détiens pas la fortune de Jean-Luc Mélenchon, de François Hollande ou de leur majordome», tient-il à préciser.

Les «Panama Papers» évoquent plutôt d'autres clients. Le neveu du président sud-africain Jacob Zuma, le diamantaire Beny Steinmetz et encore d'autres hommes d'affaires au profil controversé. Me Bonnant ne dira rien sur ces situations tout en relevant que sa présence comme juriste au sein des conseils d'administration n'a de sens que pour veiller au respect du droit.

Un problème ancien

La justice genevoise n'a certes pas attendu les «Panama Papers» pour prendre la mesure des schémas d'évasion fiscale et autres montages profitant aussi à la dissimulation de l'argent sale et notamment celui de la corruption.

Depuis une vingtaine d'années, toutes les affaires financières internationales – les fonds du clan Bhutto, les affaires liées aux proches du défunt président Boris Eltsine, les dossiers kazakhs ou angolais – ont comporté ce type de structures opaques.

Des noms déjà connus

Autant dire que certains des noms de clients révélés par les fuites de Mossack Fonseca sont déjà connus depuis longtemps par le Ministère public et font – ou ont fait – l'objet d'investigations. Le parquet s'attachera donc à identifier les cas qui peuvent apparaître comme nouveaux et qui peuvent raisonnablement être suspectés de liens avec des activités criminelles.

La fraude fiscale intéresse aussi les enquêteurs, notamment si des infractions comme le faux dans les titres sont liées, si les personnes sont imposées en Suisse ou s'il faut donner des renseignements à l'étranger. 

Au niveau des acteurs genevois- avocats, fiduciaires ou banques- ceux-ci peuvent s'inquiéter s'ils ont fourni les outils et mis en place un système qui permet l'anonymisation de personnalités exposées politiquement ou impliquées dans des affaires criminelles tout en sachant, ou en devant se douter, de l'utilisation illégale qui en serait faite.


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