Pourquoi voter pour le Parti bourgeois démocratique (PBD) d’Eveline Widmer-Schlumpf? C’est un des mystères de la démocratie et de la politique dont Bismarck disait qu’elle est loin d’être une science exacte et raisonnée. Hier classé très à droite, entre l’UDC, dont il fut l’aile modérée, et le Parti libéral-radical, le voici placé à gauche du PDC dans le dernier baromètre électoral de l’institut gfs.bern. Ce qui motive ce «virage à gauche»? Le soutien de la ministre des Finances Eveline Widmer-Schlumpf à la décision du Conseil fédéral de sortir de l’ère nucléaire.

On y ajoutera quelques points du programme électoral manifestement inspiré par la conseillère fédérale, comme le frein à l’endettement pour les assurances sociales, l’imposition indépendante de l’état civil, au profit des jeunes familles, mais surtout la fin de la distinction, au niveau suisse, entre fraude et soustraction fiscale.

C’est un peu maigre pour expliquer le déplacement du curseur de la droite vers le centre gauche. Sinon que, depuis sa création, l’ancrage idéologique du PBD, un parti de petits notables locaux et d’artisans, est plutôt élastique. Souple et malléable. Le seul point d’ancrage du PBD reste Eveline Widmer-Schlumpf.

Dans les sondages d’opinion, aucune thématique ne parvient à caractériser le PBD aux yeux de ses propres électeurs. Ni la politique à l’égard des étrangers, ni la politique sociale ou environnementale, ou même économique. Sur tous ces thèmes, c’est comme si le PBD n’avait rien à proposer, selon son électorat. En tout cas aucune proposition à laquelle se raccrocher.

Un électorat volatil, d’ailleurs, composé en majeure partie d’électeurs déçus et insatisfaits, d’hommes de plus 65 ans, de retraités ou de paysans et artisans au revenu moyen.

Ce portrait du PBD, ce centre sans arêtes ni profil, inclassable, s’explique par son histoire, l’élection d’Eveline Widmer-Schlumpf à la place de Christoph Blocher, en décembre 2007. L’exclusion de la ministre grisonne par l’UDC a provoqué le départ d’une frange modérée de militants, surtout grisons et bernois, peu à l’aise avec le discours radical et populiste de la majorité zurichoise. Lors des élections cantonales, le PBD a gagné entre 16 et 22% des sièges aux parlements de Berne, Glaris et Grisons. Courtisé par le président du PDC Christophe Darbellay, qui aimerait bien en faire une succursale démocrate-chrétienne, le PBD se veut, selon son président Hans Grunder, «le lieu de l’équilibre entre les intérêts, les ambitions, les cultures et les différentes composantes sociales de la Suisse». Le parti des bons sentiments et de la moyenne arithmétique et émotionnelle du pays.

Les hommes sont conduits plus par l’émotion que par la raison, argumentait Spinoza. Le PBD serait donc le premier parti «de la perception et du sentiment moyen». De la nostalgie aussi. Car c’est toujours du côté de l’UDC que lorgnent les électeurs du PBD. Questionnés sur le parti qui mène la meilleure campagne électorale à leurs yeux, ses électeurs répondent: «l’UDC». On ne se refait pas.