La stratégie électorale du «chacun pour soi» des partis socialiste et démocrate-chrétien a fait une victime collatérale, Laurent Schaffter, 63 ans, ministre depuis 2003, pas réélu dimanche. Le renvoi du Parti chrétien-social indépendant (PCSI) dans l’opposition pourrait affaiblir durablement une formation certes affiliée au Parti chrétien-social suisse (PCS), mais typiquement jurassienne, qui se targue d’être indépendante au point de s’isoler.

Le PCSI est né à Delémont en 1957, d’une dissidence du PDC dominé par les notables conservateurs. L’aile sociale a voulu voler de ses propres ailes, ce d’autant qu’elle militait pour l’autonomie du Jura, tandis que le PDC se tâtait encore. Pour avoir contribué à la création du canton, le PCSI a bénéficié d’un traitement de faveur. Bien que ne pesant que 13,2% de l’électorat en 1979 (comme en 2010!), il a eu droit à un siège au premier gouvernement, occupé jusqu’en 1994 par Jean-Pierre Beuret.

Faute d’assise électorale suffisante et de structure interne forte, écrite par des adeptes par définition indépendants – des «idéalistes convaincus», note Daniel Jeanbourquin dans son ouvrage consacré aux «premières autorités jurassiennes» –, l’histoire du PCSI est faite de hauts et de bas. D’autant plus que l’espace dans lequel il se faufile, entre PDC et PS, est étroit. Le PCSI défend des principes sociaux, sans trop heurter le PDC où il puise des suffrages.

Un avis de probable disparition du PCSI a été émis en 1994, lorsque Jean-Pierre Beuret n’a pas eu de successeur au Conseil d’Etat, les candidats Claude Laville et Vincent Wermeille ne trouvant pas grâce devant l’électorat. Malgré le dur régime de l’opposition, le PCSI a survécu. Il s’est trouvé un leader providentiel, Laurent Schaffter, devenu ministre en 2002 en s’affichant au centre gauche.

Réélu aisément en 2006, il a eu le tort, en 2010, de ne pas choisir son camp. Son indécision stratégique – comme celle de son parti qui, sous couvert d’indépendance, louvoie entre opposition et soutien gouvernemental – lui a coûté les indispensables appuis dont il a besoin, tant au PDC (surtout) qu’au PS.

Le PCSI se relèvera-t-il une nouvelle fois? Il dispose de positions dans les grandes communes, avec un siège dans les exécutifs de Delémont et Porrentruy, et la mairie de Bassecourt. Mais le patriarche Laurent Schaffter a brimé la relève. Le PCSI risque de devoir gérer «un problème Schaffter», selon la formule d’observateurs PS et PDC, peu affectés de voir le PCSI péricliter.