Le président de l'UDC, Ueli Maurer, a appelé jeudi le Conseil fédéral à annoncer sa démission en bloc avant les élections parlementaires d'octobre. Ce faisant, le parlement se trouverait moralement engagé à élire le 10 décembre prochain un gouvernement dont la composition soit cohérente avec le résultat des législatives.

Le peuple aurait aussi la possibilité de prendre influence sur la composition du gouvernement, a souligné Ueli Maurer. A défaut, l'élection du Conseil fédéral se transformera en un «jeu de société» à l'issue imprévisible, dépendant de tractations entre les partis et de considérations tactiques «indignes» en coulisse.

Le président de l'UDC justifie aussi sa revendication par la nécessité de donner un «nouveau départ» au Conseil fédéral. Le gouvernement ne serait plus aujourd'hui qu'«un groupe d'individualistes sans leader, ni personnalité forte». Il donnerait des signes de déréliction, alors qu'il importe plus que jamais qu'il forme «une vraie équipe». Ueli Maurer en veut pour preuve l'impasse actuelle en matière de politique étrangère, l'endettement record de la Confédération ou encore, fait sans précédent, la non-ratification par le parlement, durant la législature écoulée, d'accords internationaux conclus par le gouvernement.

En «ayant le courage» de remettre en jeu leurs mandats, les sept Sages donneraient un signal au pays, a poursuivi Ueli Maurer. «Cela créerait un réel intérêt dans la population pour les élections législatives, une effervescence même qui peut aider ce pays à redémarrer.»

Entretenir le flou

Concrètement, la démission du Conseil fédéral avant les élections fédérales écarterait d'emblée un scénario pour le 10 décembre: le maintien de la «formule magique» telle qu'elle a été adoptée en 1959 (deux PS, deux PRD, deux PDC et un UDC au gouvernement). Ce système n'est en effet pas cohérent politiquement (il ne repose pas sur une coalition de partis construite autour d'un programme commun) et ne l'est plus arithmétiquement depuis que l'UDC est devenu le parti le plus fort du pays (22,5% des voix aux élections fédérales de 1999).

Ueli Maurer réaffirme ainsi la volonté de l'UDC d'accroître sa présence et son influence au gouvernement par l'obtention d'un deuxième siège. Le parti continue toutefois à entretenir le flou sur la manière dont il aimerait que cela se fasse. La logique arithmétique voudrait que l'on s'en prenne au PDC. Mais lors de sa précédente tentative sauvage de décrocher un deuxième siège en 1999, l'UDC s'était attaquée à son contre-pôle politique, le PS.

Pour les prochaines élections, l'UDC ambitionne de rester le plus grand parti de Suisse (il était talonné par le PS en 1999). Ueli Maurer a toutefois averti qu'il ne fallait pas s'attendre à une nouvelle percée aussi spectaculaire qu'en 1999. La priorité va à la «consolidation de l'acquis». C'est en Suisse romande, «où l'UDC a commencé à prendre pied», que le parti dispose encore d'un certain potentiel de croissance. Selon la coordinatrice de la campagne du parti en Suisse romande, Gilberte Demont, le gain d'un siège peut être espéré dans trois cantons: Vaud, Fribourg et Genève. Ce qui porterait à cinq le nombre de députés UDC romands. Le gain d'un siège sera une grosse surprise en Valais et à Neuchâtel et une véritable sensation dans le Jura.

En Suisse alémanique, l'UDC peut espérer des gains en sièges, notamment à Bâle-Campagne, Schwyz ou Lucerne. Mais il est tout sauf exclu qu'elle en perde ailleurs, a souligné Ueli Maurer. L'UDC est menacée, notamment dans des cantons comme Berne et Appenzell Rhodes-Extérieures – dont le nombre de sièges au parlement diminuera –, mais aussi dans des cantons où l'UDC a dû l'obtention de l'un ou l'autre siège à «beaucoup de chance» (Grisons, Zoug, Thurgovie). Au total, l'UDC présentera quelque 300 candidats dans toute la Suisse, dont 20% de femmes.