GENEVE

Le Parti radical genevois va-t-il faire une volte-face stratégique?

Les déclarations à la radio de la présidente du Parti radical, Floriane Ermacora, ont accentué la crise au sein du Grand vieux partiL'horizon de Gérard Ramseyer s'assombrit alors que des militants radicaux lui tournent le dos. Et l'on parle d'un ticket Pierre Kunz-Françoise Saudan dans la course au Conseil d'Etat

La présidente du Conseil des Etats, Françoise Saudan, va-t-elle sauver le Parti radical genevois? C'est en substance la question que se posent aujourd'hui les analystes politiques, mais aussi les militants du parti, déboussolés par le scandale des Offices des poursuites et faillites qui sape la position du conseiller d'Etat Gérard Ramseyer dans sa quête d'un troisième mandat. Depuis lundi, l'hypothèse de voir la présidente de la Chambre haute remplacer Gérard Ramseyer n'est plus saugrenue. Sur les ondes de la Radio suisse romande, la présidente du parti, Floriane Ermacora, a tenu des propos qui démontrent d'une part que la direction du parti est prête à sacrifier Gérard Ramseyer et d'autre part que le Grand vieux parti est en train de revoir de fond en comble sa stratégie électorale.

«Pour le moment, la question d'une candidature ne se pose pas. Mais j'ai conscience de la responsabilité que j'ai vis-à-vis de mon parti. C'est quand même lui qui m'a permis de mener la carrière politique que j'ai eu la chance d'embrasser.» Françoise Saudan reste prudente, mais en filigrane, elle laisse clairement transparaître sa disponibilité au cas où le patron du Département de justice, police et des transports (DJPT) se retirerait. Dans ce cas de figure, «Françoise Saudan serait la candidate idéale», avoue Floriane Ermacora.

Pour le député Pierre Froidevaux, la candidature de la sénatrice «serait une manière de replacer le parti au centre après le virage à droite opéré par le parti en mars dernier». Cette volte-face stratégique aurait, selon certains députés, le mérite de ne pas abandonner le centre droit au seul Parti démocrate-chrétien. Et le médecin d'ajouter: «Ce serait aussi une manière de permettre à la classe moyenne et aux PME de se sentir représentées au Conseil d'Etat. De plus, un ticket Françoise Saudan-Pierre Kunz contenterait les différentes sensibilités radicales.» Une manière de corriger le tir.

Quoi qu'il en soit, les événements de lundi pourraient avoir des conséquences fâcheuses sur l'unité du Parti radical genevois. Très préoccupé et conscient de la crise que traverse ce dernier, le Parti radical suisse a proposé aux radicaux du bout du lac d'analyser la situation afin de trouver des issues à la crise. Cela étant, plusieurs militants ne cachent pas leur courroux et se montrent très critiques à l'égard de la politique de communication des radicaux. L'un d'entre eux, se référant aux révélations de leur présidente, n'hésite pas à parler de «gaffe intersidérale». Floriane Ermacora estime pour sa part qu'il «était temps que le parti sorte de sa réserve». Et ses affirmations semblent traduire l'avis de la direction du parti. L'ancien conseiller d'Etat Robert Ducret pense qu'au vu des attaques dont fait l'objet le patron du DJPT, «il n'est pas certain qu'il puisse assurer son siège au parti. D'ailleurs la situation dans laquelle il se trouve ressemble étrangement à celle de l'ancien conseiller d'Etat Alain Borner en 1985 qui a perdu les élections alors qu'il était lui aussi affaibli par de vives attaques. C'est le PDC qui en avait bénéficié en plaçant deux candidats.»

Aujourd'hui, Floriane Ermacora est claire: «Nous devons penser à l'avenir du parti», même si elle dit avoir encore bon espoir de maintenir Gérard Ramseyer dans la course au Conseil d'Etat. Pour elle, tout dépend des conclusions du rapport de l'Inspectorat cantonal des finances (ICF). Si elles engagent la responsabilité politique de Gérard Ramseyer, une assemblée extraordinaire des délégués du parti sera convoquée. En fin de semaine prochaine, la direction du parti discutera avec celui-ci en espérant pouvoir prendre une décision définitive et mettre en place, le cas échéant, de nouvelles stratégies. L'été radical est décidément très orageux.

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