Présenté mercredi, le projet de programme du Parti socialiste est promis à un solide débat jusqu’à son adoption en octobre par un congrès à Lausanne. Membre du comité directeur du PS vaudois, Jean-Christoph Schwaab s’en réjouit plutôt

Le Temps: Déçu, dubitatif ou enthousiasmé par ce projet ?

Jean Christophe Schwaab: J’ai été positivement surpris par le forme et sur le fond. Je craignais un alignement de papiers de position avec des notes de bas de page. Le texte est cohérent, partant d’une large réflexion pour aboutir à des conclusions logiques. Confier la rédaction de l’avant-programme à une seule personne, en l’occurrence l’ancien président Hans-Jürg Fehr, a été une bonne chose. Je trouve aussi excellent que l’analyse ne se limite pas à la Suisse, mais s’inscrive dans une dimension internationale.

– L’idée de « démocratie économique », ce n’est pas vraiment nouveau

– C’est une façon habile de relancer le thème du dépassement du capitalisme....

– Le programme de 1982 parlait plus précisément de « rupture avec le capitalisme »...

– C’est une question de vocabulaire liée au contexte historique, nous étions encore avant la chute du mur de Berlin. Le constat n’a pas changé. Le capitalisme s’est avéré inefficace pour créer et redistribuer des richesses. Mais le programme ne s’attarde pas sur ce qu’il convient de laisser derrière soi, il propose une vision d’avenir, développer la démocratie dans tous les secteurs et d’abord dans l’économie. La crise mondiale et les scandales récents en illustrent bien la nécessité.

– Démocratiser l’économie, est une autre façon de parler de « collectiviser les moyens de production », un concept bien marxiste.

– Il n’est pas question de faire la révolution, mais d’aboutir à une transformation de la société par étapes. Pour un parti pragmatique comme le PS, il est essentiel d’avoir une vision qui indique un idéal à long terme, mais avec des propositions assez accessibles pour dégager des applications pratiques. Or, le programme montre bien que des instruments de démocratie économique, comme la participation des salariés aux décisions appliquée en Allemagne, le mouvement coopérateur ou même la co-gestion, ou le levier financier des caisses de pension, dans lesquelles les salariés ont leur mot à dire, sont à disposition même si la gauche les a oubliés. Le programme propose des moyens et ne se contente pas de critiquer.

– Ne craignez-vous pas que l’aile social-libérale trouve ce projet trop à gauche ?

– Il y a toujours eu deux ailes, avec des tensions, au sein du PS, l’une favorable à la participation au gouvernement, l’autre privilégiant le rôle d’opposition.Grâce à une forte culture du débat le PS a toujours su et pu les surmonter. Le PS ne peut pas abandonner l’une des deux ailes. Regardez le SPD en Allemagne. En choisissant des réformes libérales il a favorisé l’émergence de la gauche de la gauche. De l’autre côté, dans le canton de Vaud la scission socialiste et le départ de militants vers le POP, avant guerre, a été un feu de paille. L’échec, par exemple, de la privatisation des réseaux électriques, en Europe, qui se traduit par une hausse sensible des tarifs, montre que la libéralisation des services publics préconisée par les « libéraux » est sans issue.Sur le fond, malgré des divergences d’analyses, les deux ailes partagent les mêmes valeurs, la répartition des richesses, la justice sociale, la solidarité et l’égalité.

– Vous n’avez pas le sentiment que sur des questions essentielles, comme la sécurité physique ou la peur du dumping salarial à cause de la libre circulation, la direction du PS n’écoute pas sa base populaire ?

– Il est vrai que nous communiquons mal sur cette question. Le fait qu’il n’y ait pas de paragraphe consacré à ce thème en dit long. Mais par exemple dans le canton de Vaud, les députés PS demandent depuis trois ans l’augmentation du nombre de policiers. Or nous ne parvenons pas à communiquer sur cette question. De même pour les mesures d’accompagnement que nous exigeons pour endiguer les risques de dumping salarial avec l’ouverture des frontières. Nous avons un travail à faire de ce côté.