Qui de Christian Coquoz (PDC) ou d’Olivier Jornot (PLR) sera élu jeudi au poste de procureur général par le Grand Conseil genevois? A ce stade, seul un constat met tout le monde d’accord. La partie sera serrée et son issue des plus incertaines. Malgré les bruits de bottes et autres mots d’ordre des partis, des surprises ne sont pas à exclure dans ce scrutin secret où certaines affinités, voire certains ressentiments, pourraient aussi jouer un rôle.

Les trois candidats (l’avocat Pierre Schifferli, présenté par l’UDC, est aussi sur les rangs pour le symbole) ont été invités à se rendre sur place dans l’éventualité d’un deuxième tour et donc d’un possible retrait. Une précaution superflue dans le cas d’Olivier Jornot, lui-même député et chef de groupe, bien décidé à être là et aussi à remplir le bulletin qui lui sera distribué en cette qualité. «Rien ne s’oppose à ce que j’exerce mon droit de vote», précise le candidat. Aucune injonction contraire ne lui a été signifiée par le Bureau du Grand Conseil, qui s’est saisi du problème sans vraiment le résoudre.

La question a d’ailleurs donné quelques migraines au sautier, Maria Anna Hutter, qui a poussé ses recherches jusqu’à la doctrine allemande en la matière. Au final, la règle cantonale – prévoyant une obligation de s’abstenir pour les députés qui ont un intérêt personnel direct à l’objet soumis à la discussion – paraît toujours aussi floue et pas forcément pertinente pour une élection. Jusqu’ici, les députés se sont toujours prononcés sur leur propre désignation dans des conseils d’administration. Le même principe prévaut aux Chambre fédérales (qui ne connaissent toutefois pas l’obligation de s’abstenir), où les parlementaires candidats à une élection au gouvernement ont ainsi un micro-avantage sur leurs concurrents de l’extérieur.

Petits calculs

Pour revenir à Genève et à l’élection du patron du Ministère public, celle-ci se fera à la majorité absolue des bulletins valables au premier tour, et à la majorité relative en cas de second tour. Si tout le monde est présent (le parlement compte 100 députés) et que les élus suivent les recommandations de leur parti, Christian Coquoz peut déjà compter sur 42 voix (PDC, PS et Verts). Il lui faudra en grappiller 9 autres pour espérer d’entrée une majorité absolue et éviter le possible report des voix UDC (9 en tout) à Olivier Jornot (31 voix pour le PLR) au second tour.

Dans cette configuration, le vote des 17 députés MCG sera déterminant. Le parti fait durer le suspense jusqu’au bout et ne révélera son favori qu’à la dernière minute. Son président, Eric Stauffer, précise que ce choix a été opéré sur la base de «critères complètement subjectifs». Après avoir auditionné les candidats et compris qu’il n’avait pas grand-chose à attendre des partis en échange d’un soutien, le MCG a décidé d’écarter celui dont la formation «lui a le plus pollué la vie». Et Eric Stauffer d’ajouter: «Les avis étaient assez partagés mais, à la fin, c’était assez clair.» Il est en tout cas convaincu que son groupe sera obéissant. Pour une fois que l’indiscipline nourrirait l’espoir des candidats.