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Mes Maurice Harari et Laurent Baeriswyl, les avocats de Bidzina Ivanishvili.
© Cecilia Bozzoli

Justice

Les parties plaignantes font surtout le procès de Credit Suisse

A l’heure des plaidoiries, les avocats ont souligné l’arrogance de la grande banque, son mépris de la clientèle et l’absence de toute surveillance du gestionnaire félon qui manipulait des sommes colossales

«Ce n’est pas un système de contrôle, c’est une mascarade.» Credit Suisse a été la cible d’une déferlante de critiques au procès de son ancien gestionnaire. Me Marc Hassberger, conseil d’une plaignante russe, s’est étonné «du degré de désorganisation, de défaillance et d’incompétence» de ce géant bancaire. Me Maurice Harari, l’avocat de l’ancien premier ministre géorgien Bidzina Ivanishvili, dépouillé de sommes colossales dans l’aventure, n’a pas été beaucoup plus tendre lors de sa plaidoirie: «La surveillance n’était pas insuffisante, elle était inexistante.» Il a poursuivi en dénonçant «l’arrogance» de l’établissement et la «dilution totale des responsabilités».

«Procédure surréaliste»

L’offensive avait commencé avec les tirs tous azimuts de Me Giorgio Campá. Le conseil de deux hommes d’affaires russes a évoqué une «procédure surréaliste» et refusé que ses clients soient désignés comme «les moutons que l’on va tondre». L’avocat ne croit guère à «la fable» du prévenu consistant à dire qu’il a commencé ses malversations de peur de devoir leur annoncer des pertes conjoncturelles. «Il aurait eu le courage de faire des faux en série et de tromper tout le monde mais pas d’avouer de mauvais résultats liés à la crise?»

Selon Me Campá, les pertes initiales infligées aux clients russes étaient tout aussi frauduleuses, et le préjudice subi par ces derniers est encore supérieur à l’argent transféré sur leurs comptes depuis ceux de Bidzina Ivanishvili au moyen d’un simple «tripatouillage d’écritures». Plus audacieux, l’avocat croit distinguer en l’oligarque géorgien le coordinateur et le complice masqué des achats massifs d’actions Raptor. «Des élucubrations», rétorquera Me Harari. Tous deux sont toutefois d’accord pour dire que cette folle spéculation précipitera la chute de Patrice L. et la découverte de ses combines.

«Aveuglement inquiétant»

Pour les plaignants frappés par un séquestre, il est tout simplement exclu d’évoquer une restitution, une confiscation ou une créance compensatrice. Me Hassberger, dont la cliente a fait fortune à Moscou dans les boissons gazeuses, a également souligné les contours inattendus de cette affaire: «On a donné d’immenses portefeuilles à quelqu’un qui n’avait aucune expérience et aucune formation bancaire. Et comme ce gestionnaire est devenu une star grâce à ces gros clients, on ne le surveille presque plus.»

Aujourd’hui encore, Credit Suisse prétend que le contrôle a bien fonctionné. «Ce serait risible si cette affirmation n’était pas la démonstration d’un aveuglement assez inquiétant», a ajouté Me Hassberger. Me Alec Reymond, conseil d’un autre fortuné russe, poursuit en dénonçant «le mépris souverain de la clientèle qui émane des bords de la Limmat» et l’aveuglement des dirigeants face aux performances du prévenu. «A Las Vegas, on se méfie de celui qui gagne à tous les coups. A Zurich, on trouve cela formidable.» Pour l’avocat, le tribunal doit faire en sorte que «le crime ne profite surtout pas à la banque qui l’a engendré et nourri».

Sur le même sujet: Le gérant déchu de Credit Suisse et «sa holding du crime financier»

Patrice L., c’est l’histoire de l’orgueil, de l’avidité, du dépassement des limites et de la trahison, dira enfin Me Laurent Baeriswyl. Ce dernier, qui représente aussi le milliardaire géorgien, espère toujours qu’une autre procédure parallèle, ouverte par le parquet, permettra de montrer «si la banque ne voyait rien ou si elle ne faisait que tourner la tête». La défense de l’ex-gestionnaire prendra la parole ce jeudi.

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