Steven a reçu mardi sa lettre de licenciement: son contrat prend fin le 30 septembre. Avec cinq ans d’ancienneté, il n’aura droit qu’à cinq mois de salaire d’indemnités si le plan social n’est pas amélioré. A 55 ans, il a deux enfants et son épouse ne travaille pas. «Les ressources humaines m’ont dit qu’il y avait peu de chance que l’entreprise suive la recommandation de la CRCT [une amélioration de la prime de départ]. J’ai quand même refusé de signer ma lettre: si je signe, je sais que je n’obtiendrais rien de plus si l’entreprise acceptait de suivre la CRCT.» Pour Steven*, 25% d’indemnités supplémentaires signifieraient «un peu plus de temps pour me retourner. Je gagne bien ma vie, environ 14 000 francs par mois. Mais si je me retrouve au chômage, ce sera compliqué, presque de la survie.» Il espère retrouver du travail dans la région, même s’il n’est pas Suisse. «Mes enfants sont à l’école, ils sont bien intégrés. Partir n’est pas une option.» Il compte sur son expérience pour séduire un nouvel employeur. «Heureusement, je suis le seul dans l’entreprise à faire ce que je fais, je ne suis pas en concurrence frontale avec mes collègues sur le marché du travail. Mais ça ne va pas être simple…»

Aujourd’hui, il dit continuer de travailler comme si de rien n’était. «Je suis un professionnel et je ne veux pas ternir ma réputation.» Mais Steven est amer: «Je comprends qu’une entreprise restructure, mais pas à la tronçonneuse! Merck Serono n’a jamais gagné autant d’argent que l’an passé. C’est très dur à accepter.» Il en veut aussi aux autorités: «Elles semblent avoir accepté ce scénario. En 30 ans de carrière internationale, je n’ai jamais vu ça!»