En 1996 déjà, lors du congrès du Parti socialiste à Davos, Ruth Dreifuss remarquait que les primes individuelles pour l'assurance maladie de base «étaient devenues pour de nombreuses familles le poste le plus lourd de leur budget». Depuis, année après année, il lui appartient d'annoncer de nouvelles hausses. Cette fois, la présidente de la Confédération a admis que les primes par tête ont «atteint la limite du supportable» (Le Temps du 9 octobre). Elle souhaite un nouveau mode de financement, en fonction du revenu et de la fortune, qui ne sera pas prélevé sur les salaires. Le Conseil fédéral devrait discuter de cette proposition et élaborer un contre-projet à l'initiative des socialistes et de l'USS «Pour la santé à un coût abordable». Et les partis, que suggèrent-ils?

On peut dire que ce sont essentiellement les socialistes et les radicaux qui ont fait de la santé un thème de campagne pour les élections. Ursula Koch, présidente du PSS, se réjouit de la proposition de Ruth Dreifuss et relève que la présidente de la Confédération «a fait un grand pas dans la direction du parti». L'initiative socialiste propose de financer les primes en partie par la TVA et par une imposition du salaire et de la fortune. «Cela ne se conçoit pas sans un contrôle accru des coûts, poursuit Ursula Koch. Il faut par exemple limiter la densité médicale, comme aux Pays-Bas ou au Danemark. Nous devons également parvenir à établir une planification hospitalière intercantonale.»

En août déjà, le PSS, guidé par l'économiste Willy Oggier, avait proposé toute une série de mesures pour réviser la LAMal. Parmi celles-ci, l'idée de subventionner indistinctement les hôpitaux privés et publics avait fait sensation. Mais toutes ces propositions n'équivalent-elles pas à un désaveu de la politique menée par Ruth Dreifuss, une socialiste? «Pas du tout, répond Ursula Koch, c'est Flavio Cotti, un démocrate-chrétien, qui est à l'origine de cette loi mal conçue. Puis elle est passée par le parlement qui a mal fait son travail.»

La réflexion du Parti radical s'inscrit à l'opposé de celle du PSS puisqu'il suggère de supprimer tout simplement les subventions hospitalières. L'argent ainsi économisé serait redistribué aux assurés qui en ont besoin par l'intermédiaire des caisses maladie. L'idée est de pousser les hôpitaux à économiser. «Nous tenons également à réduire le catalogue des prestations remboursées par l'assurance de base, précise Johannes Matyassy, secrétaire général du PRD. Car actuellement personne n'a intérêt à réduire les coûts de la santé, pas plus les médecins, que les directeurs d'hôpitaux ou les assureurs.»

D'une certaine manière le PRD et le PSS se rejoignent puisqu'ils proposent tous les deux de mettre les secteurs privé et public sur pied d'égalité.

Hilmar Gernet, secrétaire général du Parti démocrate-chrétien suisse (PDC), reste plus classique. Pour lui, la hausse des primes démontre simplement que Ruth Dreifuss n'a pas tenu ses promesses. En conséquence, il réitère ses revendications à savoir, un gel du catalogue des prestations, la mise en œuvre de la planification hospitalière, la limitation du nombre de médecins remboursés par l'assurance de base, en particulier en fonction de leur âge. Des thèmes que reprend volontiers l'UDC. Ce parti souhaite encore que les enfants dont les familles sont dans le besoin ne paient pas de primes. «L'assurance maladie n'était pas au centre de nos préoccupations pour ces élections, remarque Jean-Blaise Defago, chef de l'information de l'UDC. Mais nous sommes persuadés que ce sera le sujet phare de la prochaine législature.»