En septembre 2005, le Conseil suisse des activités de jeunesse (CSAJ) veut «chambouler la Suisse». Il prépare son opération «72 heures», durant lesquelles les jeunes s'investiront dans un projet culturel ou social. Mais pour l'heure, c'est le CSAJ lui-même qui est chamboulé et fait l'objet de critiques assez vives de la part des jeunesses des partis de droite. Après les Jeunes UDC il y a deux ans, puis les radicaux en avril dernier, c'est au tour des Jeunes PDC de quitter le navire, à la fin de l'année.

Le CSAJ regroupe 80 associations de tous horizons, des scouts aux jeunesses de la Croix-Rouge en passant par les syndicats, les lobbies écologistes ou les partis. Il propose divers services tels que la promotion de la santé, organise les sessions des jeunes à Berne ainsi que la représentation des jeunes au Conseil de l'Europe et à l'ONU, et se charge de représenter les groupements de jeunes dans le paysage politique national. C'est à ce sujet que les tensions ont grandi entre le Conseil et les jeunes bourgeois.

Les UDC sont déjà partis il y a deux ans. En avril dernier, les radicaux prenaient la décision de principe de quitter l'organisation. «Le CSAJ a un réel problème d'étiquette politique», estime la vice-présidente des Jeunes radicaux suisses, Véronique Monney. L'engagement vigoureux en faveur de l'initiative sur les places d'apprentissage, en mai 2003, a servi de déclencheur. «Dans nos propres assemblées, nous nous plions à la majorité. Ce sujet n'était défendu que par les socialistes, nous ne comprenons pas pourquoi le CSAJ suit les positions minoritaires», s'indigne Véronique Monney, pour qui «cette attitude pose la question de la légitimité de cette organisation». Même appréciation de la part du président des Jeunes PDC Thomas Fischer, pour qui le virage politique du CSAJ n'est plus tolérable: «Nous avons le sentiment de ne plus être entendus, et nous nous sommes demandé si nous avons encore une place dans une telle organisation.» Réponse négative, puisque les Jeunes démocrates-chrétiens s'en iront bientôt. Ils comptent proposer aux autres jeunesses de parti, y compris celles des socialistes ou des Verts, d'améliorer la «coordination» entre elles.

Secrétaire général du Conseil, Julien Jaeckel réfute ces accusations: «Nous sommes tout à fait indépendants des formations politiques, et l'écrasante majorité de nos membres n'est pas politisée. Nous regrettons que les partis de droite ne veuillent plus faire preuve de solidarité par rapport aux autres groupes de jeunesse.» Le CSAJ emploie une vingtaine de personnes à temps partiel à Berne et à Lausanne et compte une centaine de bénévoles. Il fonctionne avec un budget de 1,5 million de francs par année, dont 480 000 proviennent de l'Office fédéral de la culture et une autre part de mandats pour l'Office fédéral de la santé publique et la DDC. Le reste provient des cotisations, de fondations et de parrainages. Le fait que les Jeunes socialistes soient désormais les seuls politiciens en herbe actifs dans cette structure subventionnée n'effraie pas Julien Jaeckel: «Les socialistes pèseront d'une seule voix sur environ 116, en fonction de nos ratios.»

Directement visé par les critiques des jeunes bourgeois, Jean-Christophe Schwaab, représentant des Jeunesses socialistes au comité du CSAJ, réplique: «Le Conseil a toujours eu un grand souci de ne pas s'afficher avec un camp ou avec l'autre. A propos de l'initiative sur les places d'apprentissage, je m'étonne que les jeunes de droite se soient plaints après la campagne, non pendant.» Assurant qu'il s'est lui-même «souvent trouvé minorisé dans mes positions de gauche», le Vaudois ricane: «Alors que les partis «adultes», PRD et PDC, donnent des leçons de concordance aux socialistes, les jeunes bourgeois font exactement le contraire.»

Au sein du «grand» PDC, la conseillère nationale Lucrezia Meier-Schatz (SG) dit «respecter» le choix des jeunes de sa formation, mais ne cache pas son scepticisme. Elle qui fut membre de l'équipe fondatrice du CSAJ leur rétorque que «si le CSAJ était vraiment trop à gauche, il le deviendrait encore plus après le départ des jeunes des partis de droite. Cette organisation est ouverte, et je trouve regrettable cette tendance à laisser de telles ONG être placées sous l'influence des seuls partis de gauche.»