Au vu des résultats de la votation du 29 novembre, l’électorat de l’UDC a reçu de larges renforts parmi les membres ou les sympathisants d’autres familles politiques, dont les dirigeants semblent penser aujourd’hui qu’ils ont raté quelque chose. Dix jours après le scrutin, l’embarras des partis gouvernementaux, ravivé par le prochain débat au Conseil des Etats sur l’initiative sur l’expulsion des étrangers criminels, est patent.

A l’issue des réunions des groupes parlementaires, les démocrates-chrétiens, mal à l’aise après les déclarations malencontreuses de Christophe Darbellay, ont été mardi les plus sobres. Le PDC s’est borné à publier mardi un communiqué tenant sur cinq lignes, en forme de message adressé à son propre président, avec copie au public: «Eviter l’agitation déplacée et les réglementations superflues.» Le parti va attendre que la poussière retombe et reprendra la discussion sur la question l’an prochain, en janvier et en mars. Les libéraux-radicaux et les socialistes ont eu le rebond plus rapide, encore qu’un peu improvisé chez les premiers. Ce qui peut s’expliquer par le fait que la session des Chambres s’achève vendredi et que c’est le dernier moment pour déposer des interventions.

Pour les libéraux-radicaux, il n’est pas question de remettre en cause la décision du peuple devant le Tribunal fédéral ou la Cour européenne de justice. Ils ne souhaitent pas plus invalider les initiatives problématiques. Le parti soutient le contre-projet indirect à l’initiative sur l’expulsion des étrangers criminels, directement inspiré de ses propres propositions rejetées par le Conseil national. «Nous devons nous prendre par le bout du nez et mieux faire notre travail plutôt que de tirer les oreilles au peuple», affirme Fulvio Pelli. Le président du PLR préfère mettre l’accent sur le travail concret effectué par son parti, à commencer par la politique d’intégration. «Nous voulons présenter de bonnes solutions aux vrais problèmes, renchérit le Genevois Christian Lüscher, il est temps d’adopter une loi-cadre sur l’intégration.» Le PLR annonce le dépôt de trois interventions parlementaires, à commencer par une initiative parlementaire proposant une stratégie d’intégration, assortie d’une interpellation sur la loi sur le maintien de la sécurité intérieure. Il s’agit là d’une pierre jetée dans le jardin d’Ueli Maurer. Le projet défendu par un Samuel Schmid proche de sa fin politique avait connu l’échec. Depuis lors, il prend la poussière sur le bureau de son successeur, que les libéraux-radicaux pressent d’agir pour combler les lacunes dans les moyens de surveillance.

Le conseiller national argovien Philipp Müller s’est livré mardi devant la presse à une forme de mea culpa assez surprenante en évoquant la loi sur les étrangers, encore trop neuve pour avoir déployé tous ses effets et corrigé des années d’erreurs. Les radicaux ont peut-être trop mis l’accent, s’agissant de la politique d’immigration, sur les seuls intérêts de l’économie, en négligeant la politique d’intégration, mais le PLR entend maintenant mettre les bouchées doubles. «Nous montons en puissance», assure Christian Lüscher.

Le groupe parlementaire socialiste a pour sa part déjà consacré deux séances à une discussion intense sur l’islam et sur l’intégration, qui devrait déboucher sur un document ad hoc. Mais pour l’instant il identifie plus de questions que de solutions. Il s’agit, constate d’ores et déjà Christian Levrat, d’une question identitaire qui échappe aux clivages classiques entre la gauche et la droite. Parallèlement, le PS entend mener une réflexion sur la limite des droits démocratiques, sur les rapports entre l’Etat et les religions et sur les leçons à tirer de la campagne. La question de l’égalité entre hommes et femmes constituera un thème central de cette réflexion. Le président du PS n’a pas manqué de lancer quelques flèches au PDC – «Christophe Darbellay a causé plus de dommages à lui tout seul que l’initiative» – et au PLR – «Nous sommes les seuls à rester fidèles aux valeurs de la Suisse de 1848».