Le communiqué de presse du gouvernement, qui tenait mercredi sa deuxième conférence téléphonique de l’été, ne s’étend pas sur le choc qui frappe ces jours l’économie suisse. «Le Conseil fédéral, dit-il en substance, salue les mesures prises par la Banque nationale pour combattre la surévaluation du franc suisse.» Et? Et c’est tout. A Berne, ces quelques lignes suscitent l’ire de ceux qui fustigent l’inaction du collège, et particulièrement celle du ministre de l’Economie, le Bernois Johann Schneider-Ammann. Alors qu’à droite, PLR et UDC rappellent que la politique monétaire est de la seule responsabilité de la BNS.

Mais le Conseil fédéral peut-il vraiment faire plus? Quelle est sa marge de manœuvre? Les avis des politiciens restent partagés sur la question, selon l’appartenance politique des uns et des autres. Du côté des libéraux-radicaux, on rappelle aussi que la délégation économique du gouvernement, outre l’ex-président de Swissmem, compte aussi la PDC Doris Leuthard et sa collègue PBD Eveline Widmer-Schlumpf.

Ce mercredi, l’attention était mobilisée par la BNS, et sa décision de resserrer ses taux directeurs et d’augmenter les liquidités sur le marché monétaire en francs. Des mesures saluées en soi par les partis qui toutefois, pour la majorité d’entre eux, ne s’en contentent pas. Pour le conseiller aux Etats Alain Berset, «les mesures prises par la BNS interviennent très tardivement, et seront probablement très insuffisantes». Cela étant, ajoute le socialiste fribourgeois, «je ne fais aucun reproche à l’institution». Car la BNS «fait le maximum dans son domaine de compétences», selon Alain Berset.

Aux yeux du sénateur socialiste, comme de son parti, l’attitude du Conseil fédéral, en revanche, est de plus en plus incompréhensible. Et en particulier celle du ministre de l’Economie, Johann Schneider-Ammann, dont le PS fustige «l’apathie» dans un communiqué. Les socialistes continuent de réclamer la définition d’un cours plancher de l’euro face au franc, qui déclencherait l’intervention de la BNS, un arrimage du franc suisse à l’euro, ou encore l’introduction d’intérêts négatifs – solution qui a les préférences d’Alain Berset. Enfin, les socialistes réclament des «bases légales obligeant les entreprises à rendre publics leurs gains de change et à en faire profiter leurs clients».

Le PS n’est pas le seul à ne pas se satisfaire des mesures prises par la BNS. Les Verts, qui «appellent à l’instauration d’une taxe Tobin et de taux d’intérêt négatifs», réclament la tenue d’un «sommet réunissant le Conseil fédéral, la BNS et des experts financiers défendant une position critique, afin de discuter notamment d’un taux de change fixe».

A droite, le PDC souhaite l’élaboration d’un «masterplan» sous la houlette du Conseil fédéral, de la BNS, du surveillant des prix et de la Commission de la concurrence. L’UDC «enjoint au Conseil fédéral de lancer un programme de revitalisation qui améliore durablement les conditions-cadres de l’économie helvétique». Parmi les mesures réclamées: des réductions d’impôts et des «solutions souples» pour les branches et les entreprises, touchant notamment à la flexibilité du marché du travail. Pour le secrétaire général de l’UDC, Martin Baltisser, le Conseil fédéral devrait par ailleurs faire des efforts au niveau de sa communication. «Il devrait expliquer les avantages et les désavantages de chaque scénario, et en expliquer les conséquences, quitte à ne pas les retenir. Il faut une discussion publique pour rassurer la population.»

Enfin, pour le président du PLR, Fulvio Pelli, qui insiste lui aussi sur la lutte contre les taxes ou la bureaucratie, il est «important d’ouvrir de nouveaux marchés grâce aux accords de libre-échange». Par ailleurs, le conseiller national tessinois verrait bien la BNS créer un fonds «pour investir à l’étranger par exemple dans le domaine des infrastructures».