Dans ses relations avec l’UE, la Suisse est dans une impasse. «Honnêtement, je suis bien embarrassé pour vous dire comment relancer la machine… on a déposé les outils», s’est récemment résigné le secrétaire d’Etat Yves Rossier sur les ondes de la RTS. Depuis 18 mois, les diplomates suisses se heurtent aux mêmes réponses des Européens: on ne négocie pas sur le principe de la libre circulation.

A Berne, les partis se préparent donc à l’idée d’un échec. Même si sortir de l’ambiguïté avant les élections fédérales semble parfois douloureux, des Verts au PLR un front se dessine pour adopter une loi eurocompatible de mise en oeuvre de l’article 121 bis contre la libre circulation.

Jusqu’ici, hormis l’UDC, chacun y est allé de ses propositions en ordre dispersé. Or la question européenne sera le premier grand défi auquel sera confronté le nouveau parlement. Même si le sujet ne figure pas dans les plateformes électorales des partis.

Comment dès lors se dépêtrer du bourbier et appliquer la décision du peuple du 9 février contre la libre circulation sans menacer certains accords bilatéraux? C’est la question que Le Temps a posé aux sept présidents de partis.

A l’exception de l’UDC, ces derniers optent pour une mise en œuvre «souple» de l’article constitutionnel 121a «Contre l’immigration de masse» par le parlement. Tout en acceptant l’éventualité d’un référendum qui permettrait de clarifier la volonté du peuple.

Le PLR verrait aussi un intérêt de transparence à poser une question comportant une alternative: soit un texte compatible avec l’accord sur la libre circulation des personnes (ALCP), soit une application stricte, avec le risque de déclenchement de la clause couperet résiliant le premier paquet de traités.

L’idée d’une clause d’urgence peine à convaincre. Car il est très peu probable que l’UE entre en matière. Seule de son avis, l’UDC s’en tient à une application stricte, sans clause d’urgence, misant sur l’absence de rétorsions de la part des pays européens.

De son côté, le Conseil fédéral feint d’attendre beaucoup du rapport, prévu pour cet automne, du secrétaire d’Etat aux migrations Mario Gattiker et de son interlocuteur Richard Szostak sur des pistes autour de la libre circulation.

Pourtant, même le numéro deux du DFAE ne se fait plus d’illusions. Une éventuelle percée ne viendra que si l’UE accepte de discuter de l’ensemble des intérêts que nous avons en commun. Programmes européens de recherche, comme Horizon 2020, échanges d’étudiants ou accès au grand marché de l’électricité, ces grands chantiers sont bloqués. La désignation d’un super-négociateur ne promet dès lors aucun miracle.

«Le Temps» a donc interrogé les présidents des principaux partis. Lire leurs réponses dans les articles liés.

1. Pour parvenir à un accord avec l’UE sur la mise en œuvre de l’art. 121 bis, votre parti serait-il prêt à une application plus souple de l’initiative «contre une immigration de masse», au risque d’un référendum?

2. Une clause de sauvegarde permanente serait-elle envisageable ?

3. En cas de d’échec ou de refus de négocier de la part de l’UE, êtes-vous prêt à dénoncer l’accord sur la libre circulation?

4. Que pensez-vous de l’idée de voter sur la suppression de l’article 121 bis, comme le demande l’initiative RASA?

5. Et celle d’adopter un article constitutionnel réaffirmant l’importance des relations avec l’UE?

■ Toni Brunner (UDC): «Le peuple a sonné la fin de la libre circulation». Pour le président de l’UDC, «la Suisse doit désormais appliquer la Constitution, maîtriser et limiter réellement l’immigration».

■ Christian Levrat (PS): «Que le peuple s’exprime clairement». Le président du PS juge qu’«il faut rester réaliste: il n’est pas très probable que l’UE accepte une quelconque limitation du principe de la libre-circulation».

■ Philipp Müller (PLR): «Pour un choix clair». Le chef du PLR estime qu’après le 9 février 2014, «revoter n’a aucun sens. Il est probable que le vote soit encore plus clair. Il faut avancer et trouver des solutions pour appliquer la volonté du peuple.»

■ Christophe Darbellay (PDC): «La voie bilatérale dans la Constitution». Le PDC, dit son président, préfère «inscrire la voie bilatérale dans la Constitution fédérale et mettre tout en œuvre pour combler de manière autonome la pénurie de main-d’œuvre qualifiée».

■ Luc Recordon (Verts): «Pas d’isolement». Les écologistes estiment que «la priorité du Conseil fédéral doit être le maintien des bilatérale».

■ Martin Bäumle (PVL): «Oui à l’économie». Pour les Verts’libéraux, «la proposition du Conseil fédéral d’une mise en oeuvre avec des contingents rigides et une interprétation stricte de la priorité à accorder aux Suisses empêchera cependant probablement tout règlement à l’amiable avec l’UE».

■ Martin Landolt (PBD): «Un nouvel article». Le parti bourgeois démocratique pense qu’«il deviendra évident qu’une mise en œuvre à la lettre des normes constitutionnelles n’est pas possible sans mettre en péril les accords bilatéraux».