Refuser l'entrée en Suisse d'imams de tendance intégriste? Proposer des formations académiques à l'islam en Suisse? Contrôler davantage les lieux de culte? Face aux questions que pose l'actualité récente, les partis tentent d'affiner leur stratégie. La présence en Suisse de prédicateurs extrémistes sera sans doute abordée lors de la prochaine session des Chambres, d'autant qu'une interpellation du conseiller national Maurice Chevrier (PDC/VS) demande au gouvernement de prendre position: considère-t-il l'islamisme radical comme «une menace», et envisage-t-il de «commanditer une étude» sur ce sujet?

L'UDC interpellera probablement aussi le gouvernement, affirme son porte-parole Roman Jäggi. Le parti ne manque pas d'évoquer l'affaire Achraf, militant détenu en Suisse et suspecté d'implication dans un projet terroriste fomenté en Espagne. Les agrariens souhaitent savoir «si le Conseil fédéral est conscient du danger croissant que représentent ces formes extrêmes de l'islam». Dans la foulée, l'UDC esquive la question de l'attitude de Christoph Blocher, plutôt discret en la matière: cette problématique relève de la politique des étrangers et d'asile tout entière telle que la conçoit le gouvernement, et non seulement du Département de justice et police, arguë Roman Jäggi.

Au PDC, on souhaite surtout «inscrire le débat dans un cadre plus général: la politique de sécurité», indique la porte-parole Béatrice Wertli. Les derniers événements «démontrent la nécessité d'une collaboration beaucoup plus forte, et d'un échange d'informations, entre les pays aussi bien qu'à l'interne». Ce qui permet aux démocrates-chrétiens d'amorcer la campagne en faveur de l'adhésion à l'Espace Schengen tout en attendant «avec intérêt» le rapport, prévu pour l'an prochain, qui devra inspirer la révision de la loi sur la sécurité intérieure. Le secrétaire général des radicaux, Guido Schommer, insiste d'abord sur la liberté de culte et met en garde contre un excès de zèle policier, «tant que la sécurité n'est pas menacée, ou qu'on ne lance pas des appels à la violence». Les communautés musulmanes auraient en outre «grand intérêt à se doter de structures claires et transparentes».

Prudence

En fait, les partis savent qu'ils marchent sur des œufs, dans un débat où l'amalgame peut être aussi insultant pour la grande majorité des musulmans que dévastateur sur le plan politique. Cette prudence, que même certains UDC commencent à manier, est bien perceptible chez les socialistes, jusqu'à l'embarras: chacun s'empresse de distinguer les enjeux sécuritaires et les défis liés à l'intégration, mais les priorités diffèrent. En réunion samedi, les femmes socialistes se sont penchées sur la condition des femmes musulmanes. Pour conclure «qu'interdire le port du voile ne résout rien», en particulier s'agissant des enfants. La coprésidente Maria Roth-Bernasconi rappelle l'importance de «cultiver la tolérance» et d'entretenir des «mesures actives d'intégration, à commencer par l'école».

Pour sa camarade vaudoise Marlyse Dormond, «la position des femmes socialistes n'apporte pas grand-chose». Celle-ci veut se prémunir contre «une tolérance qui peut confiner à l'angélisme»: «J'aurais de la peine à concevoir une candidate portant le voile sur une liste socialiste, cela irait à l'encontre de mes convictions sur l'égalité des sexes. Se montrer strict sur les principes de l'Etat de droit et de la démocratie helvétique est aussi à l'avantage de la majorité des musulmans qui refusent eux-mêmes l'intégrisme.» Les discussions ne manquent pas face à cette position que certains accusent de faire le jeu de l'UDC. Selon le porte-parole Jean-Philippe Jeannerat, «notre réflexion n'est pas encore formalisée» en raison de «l'extraordinaire difficulté» de la question, et de la «profonde perplexité» qu'elle suscite au PS. Une position n'est donc pas attendue avant 2005. «Nous devons absolument éviter le mélange entre un activisme politico-militaire, lié aux conflits israélo-palestinien et irakien, et les difficultés d'intégration d'une certaine population d'immigration récente.» Ce point, qui fera l'objet de discussions au sein du parti, concerne en premier lieu les responsables locaux, estime Jean-Philippe Jeannerat. Il saura d'ailleurs vite de quoi il retourne: au début de l'année prochaine, il entrera au législatif de Bienne, «une ville qui compte huit lieux de culte musulmans dont l'identification n'a rien d'aisé».