Et si la défaite était consommée pour les réseaux de soins? Le rapport de force concernant la révision de la loi sur l’assurance maladie (LAMal) soumise au peuple le 17 juin a connu une modification majeure le week-end dernier: réunis en assemblée, l’UDC et le PBD ont rejoint le camp du refus (LT du 07.05.2012) emmené par la Fédération des médecins suisses (FMH), le Parti socialiste et les syndicats. Une fronde inattendue: les groupes parlementaires des deux partis avaient accepté le projet à une large majorité lors du vote au parlement, en septembre 2011.

Le coup est dur pour les partisans de la réforme dite du «Managed Care», fruit de sept ans de travaux parlementaires. A entendre le conseiller national Jean-François Steiert (PS/FR), membre du comité interpartis «Oui aux réseaux de soins», la cause est perdue ou presque. «Nous savions dès le début que ce serait très dur. Là, cela se complique encore. Si on peut gagner le 17 juin? C’est difficile. Je dirais qu’il est important que le résultat soit au moins honorable. Avec un refus à 55% contre 45%, on aura une marge de manœuvre pour trouver de nouvelles solutions. Avec 70% de non, les adversaires des réseaux voudront tout «poutzer». Ce serait alors très difficile de reconstruire quelque chose.»

Un nouveau compromis serait d’autant plus difficile à obtenir que les positions se sont durcies de part et d’autre, avec des appréciations très différentes de la situation. La gauche craint que la coresponsabilité budgétaire entre assureurs et médecins crée une pression financière qui impose, à terme, une médecine à deux vitesses. Elle dénonce aussi l’augmentation de la participation aux frais de traitement prévue pour les assurés qui décideraient de ne pas adhérer à un réseau (la quote-part à la charge de l’assuré passerait de 10 à 15% avec un plafond à 1000 francs).

A droite, l’opposition se concentre sur la suppression du libre choix du médecin. «On essaie d’enlever la dernière liberté qui reste aux patients», a ainsi déclaré samedi le conseiller national Christoph Mörgeli (UDC/ZH) devant les délégués de son parti. Un argument qui rejoint l’argumentaire de la FMH et des médecins spécialistes, très présents dans la campagne qui s’ouvre. «Ils ont un rôle important dans les prises de position des partis, estime Jean-François Steiert. Les médecins opposés au Managed Care sont beaucoup plus actifs que ceux qui sont pour.»

«Freiner les coûts»

Membre de la Commission de la sécurité sociale et de la santé publique, le conseiller national Guy Parmelin (UDC/VD) est un ardent défenseur de la réforme. «L’UDC est le parti de la liberté, mais aussi de la responsabilité individuelle. Ce projet améliore l’efficacité médicale tout en préservant la qualité. Et, il ne faut pas l’oublier, en freinant l’augmentation des coûts.»

La fronde bourgeoise ne se concentre pas uniquement dans les rangs de l’UDC et du PBD. La section vaudoise du PLR a ainsi pris position contre la solution portée par son ministre Didier Burkhalter quand il était à la tête du Département fédéral de l’intérieur. Au PDC, où seules de rares sections cantonales ont pris position, Genève et Lucerne ont dit non au projet. Les deux partis nationaux avaient soutenu la réforme lors de leurs assemblées du mois d’avril.

Guy Parmelin et Jean-François Steiert ne baissent pas les bras. Comme les opposants, ils tirent à la même corde avec des arguments différents. Le premier veut convaincre que le Managed Care «offre efficacité et qualité tout en freinant l’augmentation des coûts». Le second insiste sur le risque «d’une emprise accrue des assureurs» en cas d’échec le 17 juin. «Une menace largement sous-estimée», selon lui.

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