Pascal Broulis jette un coup d’œil dans le rétroviseur. «Il y a vingt ans, nous étions un tiers de moins dans le canton. Cette croissance démographique a-t-elle posé des problèmes? Non», répond-il. Durant la présentation des perspectives d’évolution des flux migratoires, de la fécondité et de la mortalité pour ces trente prochaines années, le ministre des Finances s’est montré résolument optimiste. «Le canton va bien, son image est bonne. Nos jeunes trouvent des emplois, la population va continuer de s’accroître et c’est très positif. N’ayons pas peur de la croissance, notre plan directeur cantonal est prévu pour accueillir plus d’un million d’habitants. Vaud est certainement le lieu le plus xénophile de Suisse, et l’intégration des populations étrangères y est un succès.» Ces vingt dernières années, présente le ministre, la population vaudoise s’est accrue de plus de 200 000 nouveaux habitants. «Une multitude de sociétés se sont installées dans le canton, cela a coïncidé avec la reconnaissance de l’excellence de nos hautes écoles, l’établissement de l’accord sur la libre circulation des personnes entre la Suisse et l’Union européenne… Si l’on ferme nos frontières ou que l’on connaît des blocages avec l’Europe, c’est sûr que l’on perdra la prévisibilité que l’on a connue depuis les années 2000 et que cela aura des incidences démographiques.»

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Fribourg et Vaud, champions suisses de la croissance

En zoomant sur la croissance de la population suisse, Fribourg et Vaud apparaissent comme les deux cantons les plus actifs. Vaud dessine une progression de 30% alors que la moyenne suisse se situe à 20%. Mais le solde naturel de ces dix dernières années n’atteint pas un tiers de l’accroissement démographique global, c’est donc bien le solde migratoire qui fait la différence. En vingt ans, le nombre d’étrangers en terres vaudoises a crû de 26% à 33%. Ce qui a permis au canton de garder une même répartition de la pyramide des âges. Qui vient s’installer chez nous? Nos voisins européens représentent 76% de notre immigration. Les Français pour commencer (32%), les Portugais (19%), les Italiens (11%).

Le solde migratoire ne semble pas affecté par la pandémie jusqu’à maintenant. La Suisse a connu la plus faible diminution des entrées en avril-mai 2020 relativement à 2019 et un quasi-retour à la normale en juin 2020. Comparativement, dans certains autres pays, comme l’Australie, les Etats-Unis ou le Japon, les immigrations ont été quasi nulles au 2e trimestre 2020. La migration internationale est un facteur important de rajeunissement de la population. La structure par âge se caractérise par un pic étudiant à 18 ans, puis un second sommet à 27 ans correspondant à un afflux important de jeunes travailleurs. Les femmes étrangères contribuent également à un taux de natalité supérieur que celui des Suissesses (1,8 enfant par femme contre 1,4).

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Pour garantir le financement des systèmes de retraite de la génération issue de la seconde vague du baby-boom de 1955-1970, une main-d’œuvre de formation élevée sera requise en Suisse. «Le risque qui pointe est l’émergence d’une concurrence entre pays, afin d’attirer des personnes diplômées dont la mobilité est supérieure à la moyenne», alerte Pascal Broulis. Si privilégier l’Europe pour attirer de jeunes travailleurs reste un objectif pour la Suisse, il lui faudra graduellement se tourner vers l’Amérique latine, avec sa population active globalement bien formée, ou l’Afrique qui sera le seul continent où la population des 20-29 ans progressera fortement ces prochaines décennies.

Suivant les scénarios étudiés par Statistique Vaud, les districts de la Broye-Vully, de Nyon et du Gros-de-Vaud ainsi que la région de Romanel connaîtront les hausses démographiques relatives les plus importantes du canton. La ville de Lausanne atteindrait 157 000 habitants en 2040, elle en compte actuellement environ 145 000. «Depuis une dizaine d’années, le canton anticipe ces évolutions grâce à sa politique d’investissement», se félicite le ministre des Finances. «Les infrastructures de transport, les lieux de formation et de culture, les hôpitaux contribuent à planifier le vivre-ensemble de demain.»